Un charivari qui tourne mal, Nice 1884

Le Petit Niçois du 1er juillet 1884 rapporte un fait divers en apparence banal, mais que le journaliste n’analyse pas dans sa profondeur.

« Tentative d’assassinat à la Magdeleine. — Dans la soirée de samedi, vers minuit, au quartier de la Magdeleine, une bande de jeunes gens faisaient un vacarme épouvantable sous les fenêtres du nommé Massa Antoine, qui s’était marié, dans la journée, avec une jeune fille du quartier.
Tout d’abord, le nouveau marié ne dit rien ; mais hier le vacarme ayant recommencé, il sortit furieux de son domicile armé d’un couteau, avec lequel il frappa le nommé Orselli Louis, qui fut atteint à la cuisse, Aux cris poussés par le blessé, le nommé Acquarone Pierre accourut à son secours. Mal lui en prit, car Massa, tournant sa fureur contre lui, lui porta un coup de couteau dans le ventre. Acquarone tomba grièvement blessé.
Après cet exploit, le coupable rentra chez lui où l’on ne tarda pas à venir l’arrêter. Le docteur Thaon, appelé en toute hâte pour donner des soins au blessé, a constaté que la blessure reçue par Acquarone était mortelle. »

Schématisons les circonstances : Massa, qui est veuf et, d’après l’état-civil se prénomme Michel, est âgé de 36 ans. Son épouse, Pauline Bonifassi, a 24 ans. Leur nuit de noces est perturbée par le tapage dû à une bande de jeunes gens. On est donc devant un typique charivari.
Rappelons la définition qu’en donne Littré : « Concert ridicule, bruyant et tumultueux de poêles, de chaudrons, de sifflets, de huées, etc. qu’on donne en certaines localités aux femmes veuves et âgées et aux veufs qui se remarient, et aussi à des personnages qui ont excité un mécontentement. »
Le veuf qui se remarie avec une jeune fille est victime du charivari par ce qu’il dérobe une épouse à une classe d’âge qui n’est pas la sienne.

Comment se protéger du choléra, Nice 1884

Bien que Koch ait découvert en 1883 le bacille du choléra, on entend à Nice se défendre efficacement contre la maladie, dont une nouvelle épidémie accable l’Europe, se souvenant qu’en 1832 la ville avait été épargnée par la terrible épidémie grâce aux mesures prises par l’administration, qui n’était pas encore française. Le Petit Niçois donne donc dans un article du 30 juin 1884 un inventaire de ce qu’on peut faire pour éviter d’être touché par le choléra :

« Mesures de précaution contre le choléra. – Il faut éviter les excès de table, de boisson de nature. Ne pas boire trop froid, ne pas manger de fruits verts, de salades, quelle que soit votre constitution
Dès que vous verrez apparaître les premiers symptômes de diarrhée, faites venir un médecin. En attendant, vous pouvez prendre 10 gouttes de laudanum dans un demi verre d’eau sucrée.
Si le mal dégénère en cholera, il est essentiel que ceux qui soignent le malade isolent les déjections et les matières fécales. Il faut tuer les ferments organiques soit avec du phénol, du sulfate de fer, du sulfate de cuivre ou simplement du sublimé corrosif, qu’on peut se procurer partout. Les déjections ne pourront pas être, autant que possible, jetées dans les garde-robe, par mesure de prudence.
Le thé très chaud, coupé par moitié avec du rhum ou du cognac, est un préservatif très usité.
Il faut encore assainir les vêtements des gens atteints par le mal, les purifier, les soumettre à des fumigations.
Le mal réside encore dans l’air respirable ; l’aération est donc indispensable. »

On remarquera que, de façon empirique, on préconise certaines mesures qui sont réalistes, à côté de certains conseils, par exemple dans la dernière phrase, qui attestent que la théorie des miasmes a encore cours.

De plus le commerce essaie de profiter de la situation et y va se ses publicités dans le même numéro du  Petit Journal :

Un enfant maltraité, Cannes 1884

Le Petit Niçois du 23 juin 1884 raconte l’histoire d’un jeune fugueur qui se passe de commentaire :

« Dimanche dans la soirée, le jeune François Chaix, âgé d’environ douze ans, de Saint-Martin-Lantosque, a été trouvé par le concierge de l’hôtel du Louvre, abandonné et pleurant sur la voie publique.
Cet enfant, qui est orphelin, a déclaré qu’il était resté plusieurs années avec ses parents nourriciers, mais qu’il avait dû les quitter à cause des privations et des mauvais traitements de toutes sortes qu’ils lui faisaient subir.
Il a été recueilli par les soins de la police. »

Fanatisme catholique, Nice 1884

Quand on évoque la loi de 1905, on a tendance à oublier que le fanatisme catholique se manifestait souvent et parfois sous des formes exacerbées, comme dans cet incident que relate le Petit Niçois du vendredi 20 juin 1884. La procession dont il est question est celle de la Fête Dieu qui se célébrait un jeudi soixante jour après Pâques.

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Laïcité à Cannes en 1884

Un très court article du Petit Niçois du 16 juin 1884 montre déjà les tendances qui aboutiront à la fameuse loi de 1905. Il faut rappeler que ce quotidien est radical et anticlérical.

« CANNES
Un arrêté du maire de Cannes, en date du 5 juin dernier, interdit toutes les manifestations extérieures du culte et notamment les processions sur la voie publique. »

Chiens errants, Cannes 1884

La chasse aux chiens errants bat son plein à Nice depuis deux ans, voir  l’article  » Tableau de chasse, Nice 1882″ qui définit ce qu’est le Ciapacan. Mais, apparemment, ces mesures ne suffisent pas et Le Petit Niçois du 13 juin 1884 contient carrément des menaces contre les propriétaires de chiens. On remarquera que l’auteur de l’article vise les femmes.

« Chiens errants. — Gardez bien vos chiens, Mesdames, veillez sur vos carlins ! Le Ciapacan ne plaisante pas et se montre impitoyable. Les rafles sont fructueuses et sa charrette est toujours bondée. Avant-hier, 60 chiens, bouledogues, épagneuls grouillaient dans un bahut à deux roues. Plusieurs ont été tués.
Mesdames, encore une fois, gardez bien vos toutous. »

Des scaphandriers à Nice en 1884

À cette époque beaucoup de lecteurs ignorent probablement ce qu’est un scaphandrier et, sans photo, le seul moyen qui s’offre au journaliste est la description, comme celle-ci, qui est un article du Petit Niçois du 19 mai 1884 :

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Apprenez à vous éclairer, PLM 1884

En 1884, certaines voitures du PLM – Paris-Lyon-Méditerranée, une des sociétés de trains qui se fondront plus tard dans la SNCF – commencent à être équipées d’un éclairage au gaz. Comme les voyageurs ne sont guère accoutumés à ce progrès, Le Petit Niçois du 16 mai reproduit en première page les conseils de la compagnie sur l’emploi du procédé :

« Voici quelques renseignements sur l’éclairage au gaz des trains de la Compagnie des chemins de fer P.-L.-M. :
Les nouvelles voitures aménagées pour cet éclairage vont être pourvues d’un robinet spécial, qui permettra de donner la lumière ou de la diminuer à volonté. À l’aide d’un mécanisme des plus simple, appelé « mise en veilleuse », les voyageurs, que la trop grande clarté indisposerait la nuit, pourront, comme l’indique le nom de cet appareil, réduire à l’état de veilleuse la lumière de la lampe de leur compartiment. Ce résultat s’obtiendra d’une façon automatique par la fermeture des deux moitiés du rideau dont sont munies ces lampes, c’est-à-dire qu’une seule partie du rideau abaissée laissera la flamme à son état normal, éclairant un des côtés du compartiment, tandis que l’autre se trouvera dans l’ombre, mais les deux côtés rabattus ensemble donneront la mise en veilleuse, soit une diminution totale dans la somme de lumière.
Par ce système, les lampes des trains éclairés pendant le jour, pour le passage des tunnels, ou celles des compartiments inoccupés pendant la nuit seront mises en veilleuses, et il y aura de ce fait une économie notable de consommation du gaz. »

Un percepteur grincheux, Nice 1884

À l’époque de Courteline, la critique d’une administration publique et des petits tracas qu’elle impose au citoyen n’a rien d’insolite. Mais Le Petit Niçois dans un article du 15 mai 1884 va plus loin et assigne à d’obscures intentions antirépublicaines le comportement d’un fonctionnaire qui souhaiterait ainsi rendre impopulaire le régime qu’il représente :

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Alerte au phylloxéra, Grasse 1884

Dans les années 1870- 1880 le phylloxéra, redoutable parasite de la vigne, investit la majeure partie du vignoble français, provoquant la ruine de nombreux viticulteurs ainsi parfois que leur révolte. Le Petit Niçois du 5 mai 1884 dénonce l’arrivée de l’insecte dans les Alpes-Maritimes :

« Phylloxéra. – Le Commerce de Grasse donne une mauvaise nouvelle pour nos vignobles. La présence du phylloxéra a été constatée au quartier des Aspres, près de Grasse dans les plantiers de divers propriétaires. Les taches y sont très étendues et invasion a pris un caractère de gravité des plus fâcheux. Il est à craindre, en outre, que de ce point le maudit puceron ne gagne bientôt les riches vignobles de la plaine de Saint-Antoine. Aux propriétaires de redoubler de vigilance. »