Vraiment peu de chose, 1772

Il arrive qu’on rencontre dans les registres paroissiaux des actes qui derrière l’anonymat révèlent des drames, par exemple ces trois lignes lues dans les actes de sépulture de Sainte-Hélène, une des paroisses campagnardes de Nice au XVIIIème siècle, trois lignes qui constituent en même temps un acte de baptême et résument un éphémère destin :
« Li 18 Agosto 1772 il figlio di padre incognito, e di Marja
nato, battezzatto in casa per necessità, e poco dopo morto,
li 17, sepolto li 18 detto in S Ellena. » »Le 18 août 1772 le fils de père inconnu et de Maria
né, baptisé à la maison par nécessité, et mort peu près
le 17, a été inhumé le 18 dudit mois à Sainte-Hélène. »

Un enfant naturel donc, situation très fréquente en ce temps, à Nice comme en France. La formule rituelle le qualifie de « fils de père inconnu », mais il est possible que la mère se souvienne de lui. Le patronyme de cette dernière n’est pas mentionné : elle est simplement nommée « Maria », ce qui est un faible indice dans un milieu où 90 % des filles se prénomment Maria.
Apparemment c’est le prêtre lui-même qui s’est déplacé pour baptiser ce nouveau-né déjà agonisant : quand la sage-femme procède à un ondoiement, elle est explicitement mentionnée dans cette série d’actes. L’enfant ne reçoit pas de prénom, car il n’a ni parrain ni marraine. Suivant un usage immuable on l’enterre le lendemain de son décès.
Acte émouvant en dépit des fautes d’orthographe : les deux t à la fin de battezzatto, les deux l dans Ellena. Voilà un être qui aura tenu une mince place dans la vie, mais qui a quand même existé un peu grâce à ce sacrement du baptême dont la fonction au moins autant que religieuse était de faire accéder tous les êtres, même les plus insignifiants, à l’humanité.
Cet article se veut un écho à celui que Lucie Delarosbil vient de publier : « Naître illégitime. Mourir anonyme« , où elle raconte un destin semblable en Gaspésie l’année 1813.

Une réponse à “Vraiment peu de chose, 1772

  1. Malheureusement, c’était le sort de beaucoup de nouveaux nés à l’époque… L’ondoiement pratiqué par la sage-femme permettait à l’enfant de devenir un ange. Sans cela, il errait dans les limbes pour l’éternité.

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