Un soldat français abattu à Nice en 1795

Les armées d’occupation rencontrent souvent une opposition violente qu’on appelle terrorisme ou résistance suivant le côté où on se place. Bien avant la Wehrmacht ou l’U.S.Army, l’armée française a connu cette situation dans le Comté de Nice qu’elle a envahi en 1792.

« Aujourd’hui douze Messidor an trois de la République
une et indivisible à trois heures de relevée par devant
nous Charles Giraud officier public soussigné, après
le procès-verbal à nous envoyé par le Citoyen Gilli
juge de paix de la quatrième et cinquième section
de cette Commune, d’un assassinat qui s’est commis
le dix du courant au Vallon de Clues quartier de
St-Barthélémy sur la personne d’Antoine Martin
Gilibert âgé d’environ trente ans, natif de Chasterdon
district de Thiers, département du Puy-de-Dôme,
canonnier auxiliare dans la cent dix-septième
demi-brigade, par lequel il apparaît que ledit

juge de paix accompagné du Citoyen Risser
officier de santé de cette Commune qui après avoir
visité ledit cadavre a trouvé qu’il avait été tué
par un coup de balle qui lui emporta le cerveau
et le Citoyen Jean Quardalli canonnier dans la susdite
demi-brigade qui a été examiné a déclaré être
avec ledit Antoine Martin Gilibert lorsqu’il fut assassiné
et qu’au moment qu’il tomba mort il s’échappa, avoir
ensuite interrogé plusieurs personnes du quartier qui ont
tous déclaré ignorer comment s’était commis cet
assassinat de quoi tout nous avons dressé acte pour
servir et valoir et constater le décès dudit
Antoine Martin Gilibert. Fait à la Maison Commune
de Nice le jour, mois et an que dessus »

Reformuler les faits est facile : le 28 juin 1795, deux artilleurs français déambulent dans la campagne niçoise. Ils ne sont pas en patrouille, puisqu’ils ne sont que deux. Se promènent-ils ? Sont-ils en maraude à l’affût de quelque chose à voler, voire à manger, car ils sont mal nourris ? Ou bien vont-ils simplement prendre leur service ? En effet ces militaires ne sont pas encasernés mais logent en ville.
Un coup de feu, et l’un d’eux tombe, une partie du crâne emportée par le projectile. Le deuxième prend ses jambes à son cou. La victime est Antoine Martin Gilibert, originaire de Châteldon dans le Puy-de-Dôme. Le toponyme a été probablement mal entendu et mal orthographié dans l’acte d’état-civil, mais il est garanti par l’acte de sépulture établi à l’église paroissiale de Saint-Barthélémy :

« 28. Antonius Martinus Gilibert e loco Chateldon miles et an. 35 »
« 28 (juin 1795) Antoine Martin Gilibert du lieu de Châteldon, soldat et âgé de 35 ans. »

Son nom, tel qu’il apparaît dans son acte de baptême, est Martin Gilbert, auquel il a sans doute ajouté lui-même le prénom Antoine quand il s’est enrôlé. Fils d’un vigneron auvergnat, il est né et a été baptisé le 19 juin 1761.
Le meurtre a lieu à la campagne, même si le territoire est bel est bien celui de Nice : Saint-Barthélémy est une paroisse rurale et nos ancêtres qui y vivent sont qualifiés de contadini, « paysans », dans les registres. Nous avons d’ailleurs évoqué ce quartier dans l’article « Mourir à trois ans, 1818« . Mais c’est une campagne très peuplée et le coup de feu a dû être entendu par pas mal de gens. Par contre, quand le juge de paix mène son enquête, il ne peut relever aucun témoignage. L’omertà règne sans doute dans cette période violente.

Le vallon et le monastère de Saint-Barthélémy
par Hercule Trachel, XIXème siècle

 En 1795, les troupes françaises stationnées à Nice sont encore celles qui ont envahi le comté en 1792. C’est elles que Bonaparte va emmener en Italie l’année d’après. Pour l’instant elles survivent en pillant la région. Leurs exactions suscitent un mouvement de résistance, celui des Barbets, qui affrontent les Français tantôt seuls, tantôt aux côtés des austro-piémontais. Nous les avons évoqués dans un autre article, « Une fillette assassinée à Nice en 1795« , qui raconte une vengeance exercée sur un capitaine des Barbets en tuant sa fille le 12 avril 1795, deux mois et demi avant l’assassinat – ou l’exécution ? – de cet occupant français .

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *