Le pantalon a bon dos

En cette année où on célèbre le centenaire de l’immonde boucherie qui a commencé en 1914, il faut bien sacrifier à la mode et entamer une série de quelques articles consacrés à cette période. Le premier concerne un lieu commun, qui est le danger représenté pour les Français au début du conflit par leur pantalon rouge.

Les premières semaines de la guerre sont en effet marquées par d’effroyables pertes en hommes. Ainsi, pendant la seule journée du 22 août 1914, ce sont 27 000 soldats qui meurent. Un historien, Jean-Michel Steg, a même pu en tirer un livre : Le jour le plus meurtrier de l’histoire de France, 22 aout 1914.
Une des explications qu’on allègue pour ces massacres est que les fantassins, rendus trop voyants par le fameux pantalon rouge garance, auraient constitué des cibles faciles pour les tireurs ennemis. Cette opinion prévaut, jusqu’à faire naître de splendides perles telle « les soldats français faisaient des cibles de choix pour l’artillerie lourde ». Comme si les servants des pièces de l’artillerie lourde allaient pointer leurs canons à vue !
L’armée  française adopte le pantalon rouge en 1829 pour ses troupes d’infanterie et d’artillerie. Or tout au long du XIXème siècle, où elle a mené pas mal de combats, depuis la conquête de l’Algérie jusqu’à la guerre de 1870, en passant par la Crimée et l’Italie, personne n’a critiqué les pantalons rouges.

Christophe, Les Facéties du sapeur Camember, 1890
La cause des grands massacres à la fin de l’été 1914 est à chercher ailleurs : elle est dans l’incompétence criminelle des officiers généraux, Joffre notamment, prônant la tactique de l' »offensive à outrance » et ne se gênant pas pour plagier Bonaparte qui avait dit « la meilleure défense, c’est l’attaque ».
Et sur le terrain les officiers subalternes qui emmenaient les hommes à l’attaque étaient souvent des bravaches peu soucieux d’économiser la vie d’autrui. De plus les pertes ont été aussi importantes dans les unités qui ne portaient pas de pantalon rouge, par exemple les Chasseurs alpins à l’uniforme bleu marine.
Il aurait fallu que les fantassins allemands aient vraiment la vue basse derrière leur fusil ou leur mitrailleuse pour manquer des ennemis qui marchaient vers eux par centaines ou par milliers à découvert dans les champs.
D’ailleurs les soldats anglais qui ont vaincu Napoléon à Waterloo portaient des vestes rouges…

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