Asphyxié en nettoyant un puits, Nice 1795

Un acte de décès établi à Nice en 1795 relate une de ces tragédies qui introduisent l’horreur dans des occupations banales et qu’on classe dans la rubrique des accidents du travail.

    « Aujourd’hui vingt-six ventôse an trois de la République
    une et indivisible à trois heures de relevée nous
    Gaëtan Lanciarès officier public soussigné
    savoir faisons que d’après le procès-verbal qui
    nous a été transmis cet après-midi dressé par
    le citoyen Negrin juge de paix de la sixième &
    septième section de cette commune en date de ce
    jour résulte avoir été trouvé hors la porte
    République dans la maison du citoyen Guide
    proche d’un puits un cadavre qu’ayant fait
    demander plusieurs personnes afin de nous
    déclarer s’ils avaient connaissance de son nom,
    de la cause de sa mort les mêmes auraient
    dit que ledit cadavre s’appelle Joseph
    Rasteu dit Carmeo maître maçon époux de
    Rose âgé de quarante et un ans natif & domicilié
    en cette commune & que la cause de sa mort
    était parvenue de ce que en nettoyant un
    puits les mauvaises odeurs qui tramandoient
    les eaux du même l’avaient suffoqué & ayant
    fait tout le possible pour le tirer dudit
    puits, ce qui leur aurait réussi
    lorsque était déjà mort. De quoi tout
    avons dressé le présent acte pour constater
    la mort du susdit. Fait à la maison
    commune de Nice le jour, mois, & an ci-dessus.
                             Lanciares Officier Public »

Cet acte enregistre le rapport d’un juge de paix sur un accident survenu le jour même, 16 mars 1795 : un maçon entreprend de nettoyer un puits ; il est asphyxié par des émanations ; les gens du quartier s’aperçoivent de son malaise et le tirent hors du puits ; mais quand ils y parviennent le malheureux est déjà mort.
Un puits à Nice au XIXème siècle,
S. Reynolds Hole Nice and her neighbours

Ce genre d’accident est encore fréquent de nos jours et un site d’information algérien, Algérie1.com, rapporte un drame semblable survenu le 12 septembre 2014 : « Bouira : 4 membres d’une même famille périssent asphyxiés dans un puits. »
Par ailleurs on trouve un mot insolite dans cet acte : « les mauvaises odeurs qui tramandaient ». Ce verbe « tramander » ne figure dans aucun dictionnaire. L’officier public a fabriqué un mot à partir du verbe niçois mandà, qui signifie « envoyer, exhaler » et du préfixe italo-latin tra– « à travers » pour désigner les émanations qui s’exhalaient du puits.

Enfin Joseph Rasteu était marié depuis 1781 avec une certaine Rose Pastor. Or, au moment du drame, celle-ci attend un enfant qui naîtra quatre mois plus tard, le 10 juillet 1795 et recevra le prénom de Jean César.

L’acte de baptême de Jean César Rasteu,
« filius postumius Josephi »,
cathédrale Sainte-Réparate de Nice.

2 réponses à “Asphyxié en nettoyant un puits, Nice 1795

  1. Merci pour le partage de cette triste histoire, et la découverte de l’étymologie de ce mot insolite. C’est très intéressant.
    PS : apparemment, un petit morceau de la dernière phrase s’en est allé se promener sous l’avant dernière image.

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