Deux accidents mortels à Sète en 1678

Deux faits divers tragiques trouvés dans les actes de sépulture de la paroisse Saint-Joseph de Sète  ; leurs points communs sont de s’être produits deux jours consécutifs et d’avoir pour victimes deux pauvres hères frappés par la malchance dans leur travail.

« Le vingt-cinquième aout 1678 a été trouvé noyé dans
le puits du vieux môle Jean … ne sachant son surnom
se disant de Villefranche-de-Rouergue âgé de 55 à 60 années
ou environ demeurant pour valet avec Guilhen Girard
autrement dit le petit Guihen, étant allé abreuver les
bourriques dudit Girard audit puits il y tomba apparemment
a été enseveli dans le cimetière de la paroisse St-Joseph
par le sieur Chalier prêtre mon curé, moi vicaire perpétuel
absent. »

« Le vingt-sixième août 1678 est décédé Estienne Besau
du lieu de Pompignhan diocèse de Nismes travaillant au port
St-Louis à mettre le feu et charger les pétards, et fut
blessé par un dit pétard. De laquelle blessure il mourut
quatre ou 5 heures après ayant confessé et reçu le
sacrement de l’extrême-onction, et fut enseveli dans le
cimetière de la paroisse St-Joseph présents Simon Goudard et
François Goudard habitants signé avec moi vicaire »

Dans les deux cas le prêtre n’est pas très bien renseigné sur l’identité des défunts  : il a laissé en blanc le patronyme du premier  ; quant au second, contrairement à l’usage, il ne mentionne pas son âge, qu’il doit ignorer.  Par contre l’origine des deux hommes est indiquée avec précision, car bien sûr, ils ne sont  pas nés à Sète, dont la première pierre a été posée douze ans auparavant.
Le premier, Jean X est un domestique, «  un valet  », défini socialement par le maître qu’il sert et chez qui il loge  ; il est mort noyé en faisant boire des «  bourriques  ». Ce mot n’est pas péjoratif et désigne simplement des ânes, montrant la nécessité de les employer comme animaux de bât dans une agglomération et une région en devenir,  où les chemins carrossables  étaient rares. Il est tombé «  dans le puits du vieux môle  », qu’il ne faut pas imaginer construit et pourvu d’une margelle  : ce devait être un trou dans le sol où le malheureux puisait avec un seau pour alimenter l’abreuvoir.
Le deuxième accident est plus insolite  : Etienne Beseau était chargé d’allumer des pétards et l’explosion prématurée de l’un d’entre eux le blesse mortellement. Or la date permet de situer les faits dans leur contexte  : le décès a lieu le 26 août, lendemain du 25 qui est la fête de Saint Louis, le patron de Sète. On n’a pas encore construit la grande église de Sète, Saint-Louis, consacrée en 1703. Mais, depuis qu’elle existe, la ville fête la Saint-Louis, notamment par des joutes nautiques qui sont célèbres, et aussi par un feu d’artifice, donné le soir du 25, ce qui explique que le malchanceux artificier soit décédé le 26, «  quatre ou cinq heures après  », muni des sacrements.

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