#généathème : deux photos d’une fête de famille en 1896

Un des sujets que propose Sophie Boudarel pour le généathème de ce mois-ci est la photo, occasion qui me pousse à examiner de près deux photographies que les générations se transmettent dans ma famille. Les voici :

Cliquer sur ces deux photos pour les voir en plus grand.
Ces deux photos mesurent 18 x 12 cm et sont vraisemblablement des tirages sur papier albuminé; elles sont collées dans un passe-partout de couleur beige qui porte la signature du photographe, A.Malbot. Quelqu’un a inscrit l’année sur le passe-partout : 1896. Elles représentent une fête familiale qui s’est tenue chez mon Sosa 16 ou, en termes plus simples, mon arrière-arrière-grand-père, Toussaint Roch Girardot.
Lui et sa famille sont nés et habitent à Montpellier ; à cette époque ils logent au numéro 14 de la rue Saint-Guilhem, une des artères principales de la vieille ville. Toussaint Roch est à la tête d’une prospère entreprise de peinture et papiers peints ; il est président de « l’Union commerciale et industrielle de Montpellier » et il a été élu président du Conseil des Prud’hommes. En juin 1896 sa maison de commerce était  présente à l’exposition qui s’est tenue à Montpellier par un pavillon devant lequel on voyait des « palmiers géants ». On pouvait admirer à l’intérieur le groupe paradoxal formé par une reproduction de la statue de la Liberté qu’entouraient « quatre jeunes esclaves égyptiens » ; une revue de ce temps-là, La Presse industrielle, a en effet publié une description du pavillon, accompagnée d’une photo de mon trisaïeul.
La fête évoquée par les deux photographies est peut-être en rapport ce succès. Elles ont été prises dans une cour qui a des allures de patio, avec les plantes et le treillage qui couvre un des murs. Cette cour est encore visible avec Google Earth.
Toussaint Roch Girardot
dans La Presse industrielle de juin 1896.
Les deux clichés sont présentés ci-dessus dans l’ordre probable où ils ont été effectués car, dans le premier, les personnes sont rangées comme sur une photo de classe, alors que, dans le second, les poses sont plus détendues et l’ordre a été un peu rompu. On a sorti des chaises qui ont une fonction essentielle dans la pose : pour une des photos certains sont assis dessus, tandis que, pour la deuxième, quelques uns se tiennent debout sur ces chaises.
Le caractère festif de la réunion est souligné par le vin : sur la première le maître de maison lève son verre pour porter une santé, tandis qu’un jeune homme au premier-plan – c’est mon arrière-grand-père – tient une bouteille et remplit le verre de son voisin ; la bouteille réapparaît sur la deuxième photo.
Comme cela se produit souvent avec les photographies anciennes, la difficulté est de nommer les personnages représentés. Toussaint Roch lui-même est livré par la tradition familiale ; quelques uns ont été identifiés par mon propre père, qui les a connus ; pour d’autres, je me suis laissé guider par la vraisemblance : la dame juste à côté de Toussaint Roch a toutes les chances d’être son épouse ; pour ce qui est de ses deux plus jeunes enfants – une fille de neuf ans et un garçon de treize ans en 1896 – il est très probable que ce sont eux qui se relaient pour tenir le grand chien noir pendant la pose. Du garçon – Louis Girardot – il existe aussi une photo en soldat, publiée dans un autre article, qui corrobore sa reconnaissance. C’est aussi la comparaison avec une photo de 1935 qui m’a permis de mettre le nom de Gratien Girardot sur un autre personnage et, par ricochet, d’estimer que la jeune femme avec laquelle il s’amuse est sa toute récente épouse.
Au total dix-sept personnes figurent sur la première photographie ; la femme qui est au fond à gauche de celle-ci a disparu sur la deuxième ; je pense avoir pu identifier neuf personnes sur ces dix-sept :

 


Toussaint Roch Girardot
Il a quarante-trois ans. Se sentant à son apogée, il se place au-dessus du groupe familial sur la première photo. Il étale aussi sa toute-puissance par un certain négligé : il est en bras de chemise, cigarette aux lèvres et garde un grand chapeau de paille sur la tête. Vertige temporel : son grand-père a été soldat dans l’armée de Louis XVI, voir l’article « Un ancêtre, le lieutenant Toussaint Girardot« .



Pauline Girardot, née Richard
Née en 1857, une épouse dont le regard suit la direction que lui indique le doigt de son mari.

Adélaïde Marie Jeanne Girardot
La famille se souvenait d’elle sous son dernier prénom, Jeanne. Elle a neuf ans et, sur une des photos,on voit que la fillette a légèrement bougé. Elle ne vivra que vingt-cinq ans et mourra en 1912 après avoir contracté la tuberculose en soignant son frère Louis, atteint lui-même de cette maladie.



Louis Joseph Roch Girardot
Louis a treize ans et porte le costume marin à la mode sous la IIIème République pour les jeunes garçons. Il ne vivra pas très vieux, voir l’article « Mourir pour la Crète« 

Un Danois à placer quelque part dans l’arbre généalogique.


Marius Toussaint Hilaire Girardot
Connu dans la famille sous son dernier prénom, Hilaire, il a dix-huit ans et il est élève à l’École des Beaux-Arts de Montpellier. C’est mon arrière-grand-père. Un article à venir présentera quelques uns de ses tableaux.



Marthe Viguier
Elle a dix-huit ans et, en 1900, elle se mariera avec Hilaire. C’est mon arrière-grand-mère, et aussi la seule personne présente sur ces photographies que j’ai connue, car elle est décédée en 1959. Elle est la 3ème arrière petite-nièce de l’ermite Pierre Viguier, voir l’article.



Marie Césarine Eulalie Viguier, née Auzard
La mère de Marthe Viguier : née en 1857, elle a été veuve en 1882, quand elle avait vingt-cinq ans, voir l’article « Mourir d’un coup de pied de cheval« . Elle vivra jusqu’en 1936.



Gratien Girardot
Identifié grâce à des photos plus récentes, c’est le plus jeune d’une fratrie de neuf frères et sœurs dont Toussaint Roch est l’aîné. Gratien a vingt ans de moins que lui et n’est âgé que de vingt-trois ans en 1896.


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Angéline Marie Barthélémy, épouse de Gratien Girardot
Née à Palavas-les-Flots, elle a dix-huit ans. Elle et Gratien se sont mariés le 14 avril de cette année 1896.



Quant à cet inconnu, il a pris son chien sous son bras pour l’empêcher de bouger pendant la pose.

8 réponses à “#généathème : deux photos d’une fête de famille en 1896

  1. J’adore ces vieilles photos de famille, où on retrouve petit à petit les noms des visages.
    Article très agréable, merci du partage

    • Je connais beaucup de personnes sur ces photos qui en fait se trouvent dans notre famille.L’inconnu au petit chien est mon arriere grand pére,LOUIS TARDIEU,Boulanger Patissier.iL possede son fournil dans sa maison au 10 RUE DE L’ANCIEN COURRIER.Ses Magasins de ventes étaient dans la rue St GUILHEM. Ma MERE Jeanne JOURDAN etait sa fille.Tout se monde est sur les photos,y compris l’epouse de LOUIS,Anais TARDIEU!!!!

  2. Ping : De l’intérêt de publier ses photos anciennes | MAIORES NOSTRI

  3. Superbe article avec photos!!!

  4. bonjour
    j’ai une peinture sur toile signé Gratien Girardot 1901, y a t il un rapport avec cette personne que je découvre sur cette page .
    merci si quelqu’un peut me répondre.

    • Votre tableau est probablement dû à Gratien Girardot (Montpellier 1873 – Montpellier 1964), frère cadet de mon trisaïeul Toussaint Roch Girardot. qui effectivement figure sur les photos.

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