#généathème : André Girardot, chasseur alpin

Un jour, dans une discussion amicale, un Allemand m’a raconté que son père avait occupé la France; j’avais pu lui répondre que mon grand-père avait occupé l’Allemagne. Voici dans quelle occasion.

André César Toussaint Girardot, appelé plus couramment André, – c’est mon grand-père – est né le 24 novembre 1900 à Montpellier. D’après le registre militaire il a les yeux “châtain clair”. En fait ses yeux sont plutôt entre le vert et le gris. Il mesure 1,69 m. En 1918 il réside à Mende en Lozère où toute sa famille s’est installée avec son père Marius Toussaint Hilaire, que la famille appelle Hilaire, officier de réserve qui, depuis le début de la guerre, est officier instructeur dans cette ville avec le grade de lieutenant.
Comme beaucoup de jeunes gens de la bourgeoisie de cette époque, il a été élevé dans le patriotisme. Aussi il n’attend pas d’avoir dix-huit ans pour être mobilisé mais, à dix-sept ans et demi, il est « engagé volontaire pour la durée de la guerre le 28 août 1918 à la mairie de Mende au titre du 27e Bataillon de Chasseurs à Pied. » Il racontait que ce choix de « devancer l’appel », comme on disait, lui avait donné » la possibilité de « choisir son arme » . En l’occurrence ce sont les Chasseurs Alpins, dans lesquels il était fier d’avoir servi.
Il arrive au corps le 3 septembre 1918 et va subir le rude entraînement de cette troupe d’élite : exercices physiques avec un sac à dos chargé de 50 kg de pierres, marches interminables où les hommes chantaient « 40 km sans boire, sans boire… » ; apprentissage aussi de la boxe française où l’art était de décocher de terribles et inattendus coups de pied à son adversaire.
Mais quand ses classes sont terminées, l’armistice a été signé et la guerre est terminée. André va néanmoins vivre une aventure dont il se souviendra toute sa vie.
Après un séjour à Paris et dans les régions dites « libérées », le 27e BCA est en effet incorporé à la 46e division et va occuper la Rhénanie. Il stationne dans la ville de Jülich, qu’on appelle Juliers en français. 

André Girardot chasseur alpin en Rhénanie, 1919

 André est nommé caporal le 11 octobre 1919. Il pourrait être démobilisé mais, note le registre militaire, il « n’a pas demandé à être renvoyé dans ses foyers conformément à la [?] du 6 novembre 1919 » et attendra le 31 août 1920 pour retourner à la vie civile.

Un billet de 50 Pfennig émis à Jülich en 1919

 Le bataillon est ensuite envoyé avec le reste de la division en Haute-Silésie. En vertu du Traité de Versailles, cette province allemande a été détachée de la Silésie elle-même pour contribuer à reformer la Pologne ; sa localité la plus célèbre n’est pas encore Auschwitz. En attendant le référendum qui aura lieu le 10 mars 1921, les troubles y sont nombreux et parfois violents, car les Allemands qui vivent en Haute-Silésie craignent d’être expulsés par les Polonais. Aussi les Alliés envoient-ils un corps expéditionnaire formé de Français, d’Anglais et d’Italiens. Le 27e BCA va donc stationner dans le chef-lieu de la province, Oppeln, que les Polonais rebaptiseront Opole. 

Les Chasseurs Alpins défilent à Oppeln,
 photographie BnF-Gallica

 Les chasseurs alpins sont consignés dans leurs quartiers car on redoute les attentats. André racontait que le capitaine de sa compagnie, sorti quand même en ville pour affirmer sa bravoure, a été poignardé.

De plus il règne une quasi famine en Allemagne ; pendant la guerre le pays a déjà eu du mal à nourrir ses soldats, qui ont eu faim toute la durée du conflit et, en ces lendemains de défaite, la disette règne. D’après André, les Allemands cultivent des pommes de terre partout où ils peuvent, jusque sur le remblai des voies de chemin de fer. Des enfants viennent même à la porte de la caserne française pour demander du pain. Mon grand-père, brave homme, leur donne à manger, mais ses camarades lui disent : « Ne leur donne rien, André : dans vingt ans ils viendront te casser la figure ! »

Une vue d’Oppeln dans un album de cartes postales
rapporté par André Girardot

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