#généathème : Auguste Robaud, gazé

« Présenter les Poilus de votre arbre » ; un des généathèmes proposés pour ce mois de novembre où Fête des Morts et Armistice voisinent dans le calendrier. « Présenter les Poilus », c’est surtout l’occasion de rappeler le long martyre imposé à ces pauvres hères par la criminelle bêtise des politiciens et le fanatisme brutal des officiers.

L’oncle Auguste

Celui qui va être évoqué ici s’appelle Augustin Robaud. Il est né à Nice le 13 avril 1884 et c’est doublement mon parent  : en effet d’une part il est l’arrière-petit-fils de mon Sosa 46, Pietro Antonio Robaud et de  l’épouse de celui-ci, Maria Elisabeta Straudo, déjà mentionnés dans l’article «  Mariée à quatorze ans, morte à dix-huit» : d’autre part il se marie en 1918 avec la sœur aînée de ma grand-mère, Françoise Mathilde, qui partage avec lui le même arrière-grand-père et se trouve donc être sa cousine au second degré. Il devient ainsi mon grand-oncle par alliance.
La famille l’a toujours nommé Auguste et c’est la généalogie qui m’a révélé que l’oncle Auguste s’appelait en fait Augustin. Curieusement on retrouve le même changement d’Augustin en Auguste chez d’autres Niçois de ce temps-là, fait relevé dans « Deux Niçois dans la guerre, les frères Astri ».
Il a exercé différents métiers : vannier quand il passe devant le conseil de révision, maçon quand il se marie ; après la guerre il sera jardinier et horticulteur, occupant la situation qui aurait été celle de Victor Bellon, son beau-frère mort en Allemagne de la grippe espagnole.

Au 111e RI

Auguste commence la guerre au 111e Régiment d’Infanterie, appelé aussi Régiment d’Antibes. Celui-ci quitte Antibes le 9 juillet 1914 et va combattre en Lorraine. Le 16 août, le journal de marche du régiment relate un curieux incident : « Par suite d’une méprise les troupes du 112e qui marchent en avant de nous se fusillent entre elles pendant un quart d’heure. » Le 19 et le 20 août, le 111e RI est dans la région de Dieuze et participe à la bataille où est engagé aussi le 6e Bataillon de Chasseurs Alpins, celui de Victor Bellon, le futur beau-frère d’Auguste, qui va y être blessé et fait prisonnier. À partir du 8 septembre le 111e RI est présent à la bataille de la Marne.
Quand on s’installe dans la guerre de position, le régiment se relaie en première ligne avec le 3e RI, puis avec le 112e. Il subit de lourdes pertes dans la forêt de Hesse, près d’Aubréville (Meuse). Pendant la seule journée du 20 décembre 1914 on compte 600 hommes tués ou blessés ; dans le 3e bataillon, dont les soldats restent sept jours de suite dans les tranchées, 500 d’entre eux ont les pieds gelés.
C’est sans doute durant ces combats de décembre 1914 que François Robaud, frère aîné d’Auguste et mobilisé également dans ce régiment, est blessé. Il meurt des suites de ses blessures à l’hôpital 46 de Vichy le 23 janvier 1915.
Ce même mois de janvier voit le régiment dans le secteur du bois de Cheppy, dont une photographie prise par un Poilu est publiée dans un autre article. De mars 1915 à février 1916 il occupe le bois de Malencourt, toujours dans la Meuse. « L’année 1915 est, pour le Régiment, la période des travaux. C’est la guerre avec la pelle et la pioche », écrit l’historique du régiment. On bâtit même des casemates en béton pour abriter les mitrailleuses. Les compagnies se relaient : six jours en première ligne et six jours au cantonnement.
Le 111e RI subit alors la guerre de tranchées dans ce qu’elle a de plus absurde, comme en témoigne l’épisode du 14 juillet 1915 : « Au soir nous devions faire sauter une mine et aller en occuper le bord supérieur. Une préparation d’artillerie fut faite sur toute la ligne et un combat de projectiles de tranchée fixa l’ennemi. Sitôt l’explosion, l’entonnoir fut occupé mais la riposte de l’ennemi fut si violente qu’on ne put s’y maintenir et qu’on fut obligé de revenir au point du départ. » (Historique du 111e RI)
En 1916, le 111e RI, qui occupe toujours les mêmes positions, va se trouver pris dans la bataille de Verdun. « A partir du 21 Février les Compagnies ne descendirent plus au cantonnement et, malgré les bombardements incessants, ne pouvant dormir, changer de linge, se laver, coopérèrent de toute leur énergie à l’exécution des travaux. » (Historique du 111e RI) Les hommes restent trente-cinq jours d’affilée en première ligne et, quand, le 20 mars, le lieutenant-colonel qui commande le régiment obtient que sa troupe soit relevée, les Allemands déclenchent une préparation d’artillerie de grande envergure qui réduit à néant les ouvrages fortifiés des Français.
Après l’assaut de l’infanterie ennemie qui suit le bombardement une grande partie des hommes sont faits prisonniers, d’autres, très nombreux aussi, sont tués. Les pertes subies par le 111e RI sont si importantes qu’il est dissous le 1er juillet 1916.
Auguste Robaud.
Il porte la Croix de guerre et un brassard de deuil,
sans doute à cause du décès de son frère François.

Au 298e RI

Le 7 juillet 1916, Auguste est affecté au 298e RI. Celui-ci prend part à la bataille de Verdun, dans le secteur du Mort-Homme. Le 14 août le régiment part au repos dans des camions. Le 2 octobre il est transporté de la même manière à Sommedieue dans la Meuse. En novembre il est devant le fort de Vaux et le 6 décembre Auguste est promu soldat de 1ère classe.  Pendant l’année 1917 il participe à différents combats près de Verdun.
Le le 26 janvier 1918 Auguste se marie avec Françoise Mathilde Bellon, évoquée plus haut. L’acte de mariage mentionne qu’il est décoré de la Croix de guerre ; c’est la seule source que nous ayons trouvée qui évoque cette décoration, mise à part sa photographie en uniforme. Deux des témoins du mariage sont d’ailleurs aussi mes grands-oncles, également soldats.
Le 6 avril 1918 le 298e RI est dans le secteur Argonne-Est, qui va de La Fille-Morte à la rivière de l’Aire quand il subit un bombardement de l’artillerie allemande, qui utilise des obus toxiques. C’est sans doute là qu’Auguste respire des gaz dont il gardera les séquelles toute sa vie. Il est « maintenu service armé inapte deux mois pour bronchite emphysémateuse chronique généralisée, poussées congestives et rechutes fréquentes (décision de la commission de réforme de Nice) » dit le registre militaire à la page qui le concerne. Derrière l’hypocrisie des termes médicaux se cache un fait qui est confirmé par la tradition familiale : Auguste a été gazé.
Le Fort de Vaux, photographie personnelle.

Après ce repos forcé, il passe, le 24 juin 1918, au 53ème régiment d’artillerie de campagne et ensuite au  163e RI  le 9 octobre 1918. Il est démobilisé le 10 mars 1919. Le 22 janvier 1926 il reçoit la Médaille interalliée n° 1218.
Il est décédé en 1952 ; je l’ai connu pendant ma petite enfance et j’ai même séjourné chez lui à Cimiez ; il toussait encore.

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