#généathème : une mariée sans parents, Nice 1807

Dans un article récent, « Epines et questions généalogiques », Clément Bècle mentionne un acte de mariage où la jeune épousée, mineure et orpheline, se marie avec le consentement du conseil de famille. Un cas très semblable se présente avec le mariage de mes Sosas 44 et 45.

Sur deux pages et demi, l’acte de mariage
de Pierre Marie Prèzes et Elisabeth Giordan
à Nice le 5 décembre 1807
« L’an 1807, et le cinq
décembre à quatre heures de relevée, à
Nice département des Alpes-Maritimes
par devant nous François Constantin
adjoint en cette mairie, faisant
fonction d’officier de l’état-civil par
délégation de Monsieur le maire, et
dans  la maison commune, sont
comparus Pierre Marie Prèzes, né à
Nice le quatre septembre
1781, conformément
à l’extrait de l’acte de sa naissance
délivré en cette mairie, cultivateur
domicilié en cette commune, fils
majeur du feu Léonard Prèzes, et de la vivante
*Antoinette Toussant cultivatrice domiciliée en
cette même commune ici présente et consentante
au mariage de son dit fils, laquelle nous a déclaré
avec serment que ledit Léonard Prèzes, son premier
époux est décédé en cette commune au quar-
tier de Riquier depuis environ neuf ans d’
une part, et la nommée Elisabeth Giordan
née à Nice le sept novembre 1788
comme il en conste de l’extrait
de l’acte de sa naissance délivré par nous cul-
tivatrice domicilée en cette même commune
fille mineure de Pierre Giordan, et de Antoinette
Toussant cultivateurs absents de cette ville
depuis huit à neuf ans, n’ayant donné depuis
cette époque aucune de ses nouvelles, ignorant
le lieu de leur domicile par conséquent dans
l’impossibilité de manifester leur volonté comme
il nous en conste par l’extrait de l’acte du conseil
de famille reçu et dressé par la justice de paix du
canton de l’est de cette ville en date du qua-
torze novembre dernier dûment enredistré,
lequel acte autorise la comparante à contrac-
ter le présent mariage vu que ses dits père et
mère sont dans l’impossibilité de manifester
leur volonté : duquel il nous conste également
que les aïeux et aïeules tant paternels que mater-
nels sont tous décédés de l’autre part ; lesquels
Pierre Marie Prèzes et Elsabeth Giordan
nous ont requis de procéder à la célébration
du mariage projeté entre eux et dont les
publications ont été faites devant la porte
principale de notre maison commune
savoir la première le vingt-deux, et la
seconde le vingt-neuf novembre dernier
jours de dimanche publiées à dix heures
du matin, aucune opposition au dit maria-
ge ne nous ayant été faite faisant droit à
leur réquisition après avoir donné lecture
des pièces ci-dessus relatées et à nous remises
ainsi que du chapitre six du code Napoléon
titre du mariage avons demandé au futur
époux et à la future épouse s’ils veulent se
prendre pour mari et femme, chacun d’
eux ayant répondu séparément et affirmati-
vement, nous déclarons au nom de la loi que
lesdits Pierre Marie Prèzes, et Elisabeth
Giordan sont unis par le mariage ;
de quoi avons dressé acte en présence
des sieurs Mathias Gotty marchand de liqueurs
âgé de quarante-sept ans, Jean César Arnaud
tisserand âgé de quarante-cinq ans, Antoine
François Deleuse tisserand âgé de trente-six
ans, et Joseph Court tous domiciliés en
cette ville qui ont signé avec nous
ce que n’ont pas fait les époux et la
mère de l’époux pour ne savoir, et la lecture
a été donnée du présent acte * Magdeleine
Blanchi ut supra = les parties les témoins
et nous avons approuvé les deux noms raturés
d’Antoinette Toussant et le renvoi »
 L’évènement n’a rien que de très banal. Les deux conjoints appartiennent à des familles de paysans, car il existe encore à Nice des paroisses campagnardes qui seront absorbées par la ville durant le XIXe siècle.  Le marié, qui a été baptisé sous le nom de Pietro Maria, est le petit-fils de Francisco Preses, un soldat de l’armée espagnole qui a occupé Nice pour le compte des Français dans les années 1740. Ceux-ci ont annexé eux-mêmes la ville en 1792. À la génération suivante le patronyme prendra une forme italienne et deviendra Presi. La seule curiosité de l’acte est constituée par la rature du nom de la mère du marié qui est accompagnée d’un renvoi à la fin du document où l’identité exacte de celle-ci, Madeleine Blanchi, est indiquée.
Mais les faits évoqués par ce mariage posent quelques questions.
D’abord le flou sur la mort du père du marié : l’acte de décès qui en principe est produit au mariage n’est pas mentionné ; à la place on a les souvenirs plutôt vagues de sa veuve, Madeleine Blanchi, remariée à ce moment-là, qui déclare que « son premier époux est décédé en cette commune au quartier de Riquier depuis environ neuf ans », c’est-à-dire vers 1798. Or je n’ai pas pu trouver trace de ce décès. Qu’est devenu Leonardo Prezes, mon Sosa 88 ?
Autre question : que sont devenus les parents de la mariée ? Elisabeth Giordan, qui a dix-neuf ans, est mineure ; elle a donc besoin du consentement de ceux-ci. En leur absence, c’est le conseil de famille qui lui a fourni ce consentement. Sous le Ier Empire ce conseil est une assemblée composée de six membres de la famille et présidée par le juge de paix. À propos de cette institution, on pourra l’article que lui a consacré Benoît Petit, « L’importance du conseil de famille« . 
En l’occurrence la jeune mariée a perdu ses grands-parents des deux côtés et ses parents ont disparu. J’ai bien sûr cherché à savoir la cause de cette disparition. Mais c’est vainement que j’ai tenté de consulter le registre des délibérations de la justice de paix du canton est de Nice aux Archives des Alpes-Maritimes : ne subsiste que celui du canton ouest.  
Les seules données sont celles fournies par l’acte de mariage : Elisabeth est la « fille mineure de Pierre Giordan, et de Antoinette Toussant cultivateurs absents de cette ville depuis huit à neuf ans, n’ayant donné depuis cette époque aucune de ses nouvelles, ignorant le lieu de leur domicile ». Ils ont donc disparu vers 1798 ou 1799 quand elle-même avait une dizaine d’années. Où sont-ils passés ? Un départ en voyage ne serait guère conforme à leur condition de paysans. D’ailleurs seraient-ils partis en laissant derrière eux une fillette de dix ans ?  Y aurait-il un lien entre cette disparition et les évènements de l’époque : le comté de Nice, occupé par l’armée d’Italie, a connu une période de violence, avec à ses frontières la guerre contre l’armée austro-piémontaise et la résistance des Barbets contre les Français.
Encore un acte qui recèle des mystères…

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