Mort de froid et de faim à Nice en 1815

Quand on évoque Nice, on pense aux palmiers de la Promenade des Anglais et à ceux du Jardin Albert 1er. Ce stéréotype d’une ville au bord de la Méditerranée où il fait bon vivre et passer l’hiver s’est développé tout au long du XIXème siècle. Mais auparavant les Niçois ont souvent connu la misère et la disette, comme en témoigne cet acte de sépulture établi en 1815 à la paroisse Sainte-Hélène :Mort de froid et de faim 1815 Nice Sainte-Hélène

« Li 24 gennaio si è datto sepoltura al cadavere
di Andrea Barnoin figlio di Ludovico e della
fu Agostina Cotto di anni 46 ritrovato morto
in una caverna morto di fredo e dalla fame
e cio dopo la visita dei signori deputati per dessi-
nati.
Bresea Rettore »

« Le 24 janvier [1815] on a donné une sépulture au corps
d’Andrea Barnoin fils de Ludovico et de la
feue Agostina Cotto âgé de 46 ans retrouvé mort
dans une caverne mort de froid et de faim
et cela après la visite de Messieurs les députés désignés.
Bresea Curé »

Ce Gio Andrea Barnoin est né à la fin de janvier 1768. Le jour exact de sa naissance ou celui de son baptême sont illisibles dans les registres de la cathédrale Sainte-Réparate, recouverts par l’encre qui s’est étalée. Par ailleurs les actes ne présentent aucune trace d’un mariage : l’isolement du personnage n’est peut-être pas étranger à sa fin.
Que faisait-il à la campagne ? Car, bien que paroisse de Nice, Sainte-Hélène, située entre ce qu’on commence à appeler Promenade des Anglais et le fleuve du Var, est bel et bien à la campagne. Ceux de mes ancêtres qui y vivaient étaient des paysans.
Mais le défunt est originaire de la ville elle-même, qu’on appelle aujourd’hui le Vieux-Nice. Est-il venu pour trouver de l’ouvrage comme journalier ? Les gens de l’endroit devaient le connaître, puisqu’il a été identifié.
De toute façon la vie devait y être plus facile pour les miséreux qu’au cœur de la cité par la possibilité de quelques cueillettes et aussi par la présence d’abris naturels comme celui où on a découvert le corps. L’acte évoque une « caverne ». Il s’agit dans doute d’une cavité creusée dans le flanc de la colline par l’érosion. Il existe encore dans ce quartier de Nice un Chemin des Grottes.
Le fait divers est sans mystère : un malheureux est mort de misère au mois de janvier. Deux cents ans après, nous y sommes habitués.

Nice vue depuis Sainte-Hélène, lithographie d'Hercule Trachel

Nice vue depuis Sainte-Hélène, lithographie d’Hercule Trachel

 

Une réponse à “Mort de froid et de faim à Nice en 1815

  1. Tous ces détails sur un acte, cela nous plonge directement dans le cœur d’ une tragédie intemporelle totalement inacceptable.

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