Trois frère et sœurs enterrés le même jour

« 3 enfants morts (4, 6 et 8 ans) en 1 mois en 1891 pour un couple breton … Quelle horreur … Grippe ? », ce tweet rempli d’émotion est dû à @baladedaurelie, qui consacre ensuite un article à ce lamentable événement : « Généathème : Histoire insolite mais horriblement triste .. ». On peut trouver encore pire, par exemple avec les quatre lignes de cet acte de sépulture du village de Ceyras en Languedoc :

« L’an que dessus [1769] et le 17 octobre j’ai enseveli dans le
cimetière Marie Magdeleine Raynard âgée de huit ans
sa sœur aussi du même prénom âgée de deux ans
et un autre frère nommé  Jean Louis Raynard
Lauzieres prieur »

Les trois enfants sont certainement morts la veille, 16 octobre 1769, puisque à Ceyras au XVIIIème siècle l’habitude est d’inhumer le lendemain du décès. Ce sont :

  • Marie Magdeleine Raynard, née le 13 décembre 1760, qui donc allait avoir neuf ans,
  • son frère Jean Louis, né le 9 avril 1763 et âgé de six ans et demi,
  • leur petite sœur Marie Magdeleine, née le 16 décembre 1767, qui n’a pas encore deux ans et porte le même prénom que son aînée.
Leur père, Jean Louis Raynard, qui a quarante ans, est « tisserand de draps ». C’est un des nombreux artisans qui assurent à ce village de quelque cinq cents habitants une quasi autarcie. Son épouse, Catherine Tournal, qui est la mère des petits défunts, est native du bourg voisin de Clermont de Lodève, devenu Clermont-l’Hérault à la Révolution.
Ces trois décès ne sont pas les premiers dans la famille, car, moins d’une semaine avant, le 12 octobre, on a déjà porté en terre Jean Pierre Raynard, mort la veille, qui n’avait que quatre ans, étant né le 27 juin 1765.
L’acte de sépulture de Jean Pierre Raynard
mort à quatre ans le 11 ocobre 1769.
De ses cinq enfants il ne reste au couple que l’aîné, François, né le 16 février 1759. Mais, en ce mois d’octobre 1769 la mère est enceinte de deux mois et une nouvelle fille qui recevra le même prénom qu’elle, Marguerite, naîtra en mai de l’an d’après et en 1773 verra le jour un dernier enfant, qu’on baptisera Marie.
Il serait vain d’émettre des hypothèses sur les causes de ces quatre décès : grosses chaleurs estivales et grands froids hivernaux, qui aggravaient la mortalité infantile, sont à éliminer. D’autre part les actes de sépulture concernant des enfants ne sont pas plus nombreux au village en 1769 que les autres années.
J’ai aussi des ancêtres qui s’appelaient Raynard à Ceyras mais, bien que leur lien avec ceux-ci soit très probable, il n’est pas facile à établir puisqu’il doit être antérieur aux registres les plus anciens.

3 réponses à “Trois frère et sœurs enterrés le même jour

  1. On se demande en effet ce qui a pu arriver aux enfants de cette fratrie. Mais face à ces fréquents décès d’enfants en bas âge, je m’interroge aussi toujours sur les sentiments des parents suite à ce drame. Aujourd’hui dans notre société la perte d’un enfant est reconnue comme un traumatisme très important. Mais à cette époque, comment les parents la vivaient-ils ? Et la société leur reconnaissait-elle le droit d’afficher leur souffrance ?

  2. Excellentes questions. Je n’oserai pas dire que la mort éventuelle de l’enfant était probablement acceptée comme un phénomène naturel. N’oublions pas non plus que ces gens étaient imprégnés de christianisme et qu’ils croyaient à la vie éternelle. Les Grecs, qui ont dû connaître des situations semblables, disaient : « Celui que les dieux aiment meurt jeune. »

  3. Ce triste episode est-il du a un accident comme un incendie. Les parents et le plus grand auraient pu en rechapper alors que les petits, probablement tous dans le meme lit, n’en auraient pas eu la chance? Annick H.

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