Alerte aux Camisards

Les registres de la paroisse Saint-Joseph de Sète pour les années 1677 à 1721 contiennent un texte curieux, qui n’est pas un acte :

Camisards Sète St-Joseph

« Il y a environ trois ans que l’hérésie
des calvinistes nommés fanatiques
Camisards persécute cruellement l’
Église véritable tuant indifféremment
abbés, curés, religieux et toute sorte
de personnes de tout âge et le premier
tué cruellement a été Monsieur
l’abbé du Chayla missionnaire dans
les Cévennes du règne de notre
très illustre et religieux monarque
Louis Quatorze qui a donné son
pouvoir à Messires de Montrevel
et de Villars maréchaux et commandants
dans le Languedoc et Cévennes plaire
à la d[ivine] Providence faire chasser ce fléau
de l’hérésie du royaume de France.
L’abbé du Chayla fut tué cruellement dans son
(Dernière feuille) église où il est mort Chef des
Missions »

Ce texte n’est ni signé, ni daté ; mais il est précédé sur la même page d’un acte de sépulture daté de 1697. Or les événements rapportés se sont déroulés au siècle suivant. La clef du mystère se trouve deux pages avant où, dans un même paragraphe et presque dans la même phrase, ce qui est contraire à toutes les habitudes, le prêtre mentionne un baptême et un enterrement. Il ajoute : « la feuille du dit registre a été rongée par les rats, ce que j’ai signé le susdit jour neuvième d’août 1706 ».

Il s’agit donc d’un texte recopié quelque temps après sa rédaction, comme le confirme la curieuse expression de la fin, « Dernière feuille » : il se situe « environ trois ans » après le début de l’insurrection des Camisards. Si on assigne comme point de départ à celle-ci l’assassinat de l’abbé du Chayla le 24 juillet 1702 au Pont-de-Montvert (aujourd’hui en Lozère), il a dû être rédigé vers 1705 ou 1706, ce qui correspond aux considérations ci-dessus.

Cet abbé du Chayla était un missionnaire qui, revenu du Siam, s’était vu, en tant que grand vicaire de l’évêque de Mende et inspecteur des missions, incomber la tâche de ramener dans le catholicisme les paysans protestants réfractaires à la Révocation de l’Édit de Nantes, nombreux dans le nord du Languedoc. Sa mise à mort marqua le départ d’une vague de meutres qui ravagea le massif des Cévennes.

L'abbé François du Chayla,1647-1702,première victime des Camisards.

L’abbé François du Chayla,
1647-1702,
première victime des Camisards.

On comprend que le prêtre sétois s’inquiète des massacres perpétrés par ces terroristes auxquels on donna le nom de « Camisards », car Sète n’est qu’à quelques dizaines de kilomètres au sud du massif des Cévennes où a lieu cette sanglante sédition dont l’armée de Louis XIV viendra à bout

Il faut rappeler en conclusion que les calvinistes, comme Jean Mourgues, mon Sosa 1042, né en 1655 à Nîmes, ont été bien accueillis à Sète à la fin du XVIIe siècle.

Détail de Languedoc et Provencecarte de Jacques-Nicolas Bellin, 1764 Gallica-BnF

Détail de Languedoc et Provence
carte de Jacques-Nicolas Bellin, 1764
Gallica-BnF

Une réponse à “Alerte aux Camisards

  1. Très intéressant,
    comme quoi au détour de pages d’un registre,
    avec ce genre de trouvaille,
    on est conduit parfois à rechercher le contexte historique

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