Bergers à Sète

Fondée en 1666 entre la Méditerranée et l’étang de Thau, Sète tire son existence de la pêche et du commerce maritime. Néanmoins il y subsiste une activité agricole et pastorale qui va durer pendant tout le XVIIIème siècle ainsi qu’en témoignent les registres de la paroisse Saint-Joseph, la plus ancienne de la cité.Cette activité se déroule sur quelques kilomètres carrés près des rives de l’étang au nord du territoire, dans ce qu’on nommait la Plaine des Métairies ou plaine Saint-Joseph en raison d’une chapelle érigée là en 1652. Cette partie de l’« île » était déjà occupée aux époques gallo-romaine et médiévale. Les propriétés ou « mas » y appartenaient à quelques familles comme les Goudard et les Artaud, apparentés à mes propres ancêtres.

Un plan de Sète édité à Amstredam en 1700Gallica-BnF

Un plan de Sète édité à Amsterdam en 1700
Gallica-BnF

La présence de l’élevage est attestée par certains documents, par exemple l’acte de sépulture de l’épouse d’un berger :

AS femme d'un berger 1704 Sète St-Joseph 1AS femme d'un berger 1704 Sète St-Joseph 2
« L’an de grâce 1705 et le _ dudit
janvier a été ensevelie Marie Beneseche
femme d’Antoine Bartes berger de
Sète âgée de trente ans ou environ
décédée le _ dudit janvier présents
Mr Paladilhe aumônier Guilhaume
Benesech Jean et Pierre Benesech
frères de ladite Marie Beneseche
et Antoine Bartes qui n’ont su signer
Ledit mari aussi n’a su signer étant
interpellé »

Détails tragiques : Antoine Bartes et Marie Benesech – dont le patronyme est ici au féminin – s’étaient mariés le 8 novembre précédent et l’acte de leur mariage est sur la même page du registre ; de plus l’acte de sépulture de la mère d’Antoine Bartes, nommée Marie Villaret, est aussi sur la même page. Le vicaire Bousquet, dont on reconnaît l’écriture, n’a précisé le jour des funérailles ni pour la belle-mère; ni pour la belle-fille. Les deux femmes auraient-elles été emportées par la même maladie ?
D’autres documents témoignent de la présence des bergers à Sète en ce début du XVIIIème siècle :

AS d'un berger 1717 Sète St-Joseph
« Ce treizième février 1717 a été enterré dans le cimetière
de la paroisse St-Joseph de Sète, Jean Bounet du lieu de
Feauts diocèse de Castres âgé d’environ quarante ans, restant
en qualité de berger chez M. Artaud viguier dudit Sète,
ont assisté audit enterrement Etienne Maffre, Jean Aubenque,
François Simonneau Ecclésiastiques, et André Laffon
avec nous Curé. »

L’acte rappelle que les bergers étaient souvent des errants qui se déplaçaient au gré des possibilités d’emploi. Celui-là avait trouvé une place chez cet Artaud « viguier dudit Sète », un des notables donc qui possèdent quelques terres. Littré définit le viguier comme un « juge qui, dans les provinces du Midi, faisait les fonctions de prévôt royal ». L’existence des bergers était précaire et parfois on connaît la raison de leur mort :

AS d'un jeune pâtre 1709 Sète St-Joseph« Le 9e du dit 1709 est mort du froid un pâtre fort jeune restant chez Pierre Goudard, dit
Le Meveau ; a été enterré au cimetière de la dite paroisse. »

L’acte précédent étant daté du 1er janvier, on peut en déduire que celui-ci mentionne le 9 du même mois. Il ne nous apprend que très vaguement qui était le défunt, « un pâtre fort jeune » et – contrairement à l’habitude – ne donne ni son prénom ni son origine ; il indique tout juste ce qui est apparemment un surnom. La question serait de savoir pourquoi c’est ici le terme de « pâtre » qui est employé : en principe le berger garde les moutons, alors que le pâtre peut garder aussi les bovins, ce qui suggère peut-être la présence de ce genre de bétail.
Celui-ci est évoqué dans un passage du registre :

Bénédiction du bétail 1707 Sète St-Joseph« L’an de grâce et le vingtième du mois
de mai 1707 Le bétail
de l’île de Cette a été bêni le matin
sur les dix à onze heures par Monsieur
le Curé dudit Saint-Joseph
présents la plupart des maîtres
dudit bétail [?] maladie qui attaquait la
langue dudit bétail qui mourait
par tant sur-le-champ
Bousquet »

En 1707 les animaux sont victimes d’une épizootie et la seule parade qu’on peut opposer à celle-ci est de bénir les troupeaux. Quelle est cette maladie ? Il est bien possible qu’il s’agisse du « mal de langue », qui décime les troupeaux au XVIIIème siècle et disparaît dans le courant du XIXème. Le premier symptôme était l’apparition de vésicules blanchâtres sur la langue de l’animal ; la rupture de ces vésicules était suivie d’une nécrose de la bouche et du larynx ; la bête perdait des morceaux de langue et mourait en deux jours. Sur cette maladie on pourra lire l’article que lui consacre le Docteur-Vétérinaire François Vallat : « Une épizootie méconnue : le “mal de langue” de 1763 ».
Une fois de plus on voit que les registres paroissiaux ont souvent plus à dire que le simple inventaire des liens généalogiques.

Gustave Doré Le Berger et son troupeau"gravé oar J.F.P.Delduc

Gustave Doré Le Berger et son troupeau,
gravé par J.F.P.Delduc, Gallica-BnF

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