#généathème : une ancêtre, Civique Abeille Tinel

En cette Journée des Femmes 2015, j’ai choisi d’évoquer une de mes aïeules qui est mon Sosa 65 ou, pour faire simple, l’arrière-grand-mère de mon arrière-grand-père.
Elle est née à Sète (Hérault) le 6 floréal an II, 25 avril 1794, dans les derniers mois du pouvoir de Robespierre et elle reçoit les prénoms de Civique Abeille. Les Français se croient en effet débarrassés de la religion et les petits Sétois nés à cette époque ont des prénoms qui ne sont plus chrétiens comme Liberté, Colombe Égalité, Sincère Montagne, Tell Marat ou Cicéron Égalité.

L'acte de naissance de Civique Abeille Tinel.

L’acte de naissance de Civique Abeille Tinel.

Les origines de Civique Abeille se confondent avec celles de Sète, fondée par Colbert en 1666. Elle est la fille d’un tonnelier, Joseph Tinel et c’est son arrière-grand-père Jacques qui est venu de Montpellier s’installer à Sète au début du XVIIIe siècle. Le plus ancien Tinel connu, Adrien était marchand de poissons à Montpellier, où il s’est marié en 1585. Un autre de ses bisaïeux est Mathieu Bilhac, le « tondeur des draps » évoqué dans dans un autre article.
La mère de Civique Abeille s’appelle Marie Rose Vivarès et par celle-ci elle descend des premiers habitants de Sète, les Vivarès, les Goudard et les Artaud, qui étaient de Bouzigues sur les bords de l’étang de Thau. Elle descend aussi de Laurent Baille, ce « marin de Toulon » établi à Sète et devenu maître calfat, objet d’un précédent article.
Comment grandit-elle ? Impossible de le savoir. Mais les coups de marteau de l’atelier paternel ne sont pas les seuls bruits à résonner dans son adolescence : elle a l’occasion d’entendre tonner les canons car, sous le Premier Empire la flotte anglaise attaque Sète à plusieurs reprises et les Anglais tentent même par deux fois de débarquer.
Heureusement une garnison défend le port et Civique Abeille fait la connaissance d’un lieutenant d’artillerie, Toussaint Girardot, dont la carrière est racontée par ailleurs : c’est un officier sorti du rang, qui a conquis ses galons de sergent dans l’armée de la Convention au siège de Lyon ; il a été ensuite à Arcole, à Rivoli et à Marengo ; depuis 1802 il garde les côtes de l’Hérault et il est passé lieutenant en 1806.
Le 1er février 1815 Civique Abeille épouse Toussaint ; quand elle se marie, elle signe «  Marie Tinel ». Sur les quatre témoins du mariage, trois sont des tonneliers, le quatrième étant un boulanger. Un seul militaire est cité, un « lieutenant de vétérans » censé représenter légalement la mère du marié restée en Haute-Saône et dont il a reçu procuration.  Civique Abeille va avoir vingt-et-un ans ; Toussaint en a cinquante ; elle est enceinte et le 1er juin elle met au monde un fils dont je descends et qui reçoit le prénom de Toussaint Hilaire – celui de son père joint à Hilaire, souvent porté par les gens de Bouzigues. Le couple aura sept autres enfants : Joseph Alexandre, Louis Etienne, Adolphe, Elisabeh, Françoise, Marie Rose et Isabelle.

La signature de Civique Abeille Tinel sur son acte de mariage.Elle signe "Marie"

La signature de Civique Abeille Tinel sur son acte de mariage.
Elle signe « Marie »

Toussaint Girardot meurt à Sète en 1835. Le recensement de 1836 nous montre Civique Abeille – à qui on attribue son vrai prénom – exerçant le métier de couturière et vivant avec quatre de ses enfants : l’aîné est peintre et Louis est tonnelier comme son grand-père. Plus tard, les Jacobins n’étant plus en odeur de sainteté, elle se fait appeler Marie Civique ; c’est ainsi que la nomme l’acte de mariage de son fils Tousaint Hilaire en 1853, qui la déclare aussi « domiciliée à Montpellier » et « sans profession ». De quoi vit-elle à ce moment-là ? Du bon cœur de ses enfants ? Ou bien a-t-elle rencontré un nouveau compagnon ?
On peut se poser la question à propos de Toulouse où Civique Abeille finit ses jours en 1864 : comment y a-t-elle abouti ? Impossible de le savoir. En tout cas elle ne s’est pas remariée. Son acte de décès, qui lui attribue son authentique prénom, est établi sur la déclaration d’un peintre un peu plus jeune qu’elle et vivant dans la même maison à Toulouse. Aurait-elle rencontré celui-ci à Montpellier parmi les relations de son fils, peintre lui aussi ? Malheureusement le recensement correspondant à cette période n’existe pas. Le mystère du destin de mon aïeule reste donc entier.

Une réponse à “#généathème : une ancêtre, Civique Abeille Tinel

  1. Ahhh franchement original comme prénom 🙂
    Et je découvre honteux que c’est la journée de la femme aujourd’hui. Encore plus honteux, je pense que je n’ai pas vraiment lu ce billet si cela devait m’engager à quoi que ce soit…
    Euh.., j’ai encore loupé l’occasion de me taire 😉

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