Un enfant trouvé devant la porte du maire en 1745

Un de ces actes de baptême, fréquents dans les registres paroissiaux, qui évoquent l’enfant trouvé, donc abandonné à sa naissance ou peu après celle-ci ; il a été établi à Ceyras, aujourd’hui dans l’Hérault, en 1745.Un enfant trouvé devant la porte du maire 1Un enfant trouvé devant la porte du maire 2

« Le dix-neuvième dimanche après la Pentecôte
dix-septième jour du mois d’octobre 1745
a été baptisé par nous soussigné
prêtre vicaire Marc Antoine qui paraît être né
depuis environ quinze jours, et qui a été trouvé
ce matin à cinq heures par M. Jean Etienne
Trinquier premier consul de la présente paroisse
devant sa porte. Son parrain a été M. Marc Antoine
Perouze, bourgeois, la marraine Dlle
Marie Anne Vesian, veuve de M. Guilhaume
Belleac du présent lieu qui avec ledit
M. Trinquier, et Jacques Escudier ont signé
avec nous et pour distinguer ledit Marc
Antoine lui avons donné le surnom de
Ceyras. »

On peut d’abord se demander pourquoi c’est devant la porte du maire, appelé « premier consul » dans ce village méridional, que le nourrisson a été déposé : était-il plus facile d’atteindre ce lieu plutôt qu’un autre en se dissimulant, ou bien manifestait-on ainsi une certaine confiance dans la puissance publique, ou tout simplement était-ce la personnalité de ce Jean Etienne Trinquier qui inspirait la confiance ?
Il faut remarquer en passant que ce maire – à moins que ce ne soit une servante – ouvre sa porte à cinq heures du matin : nos ancêtres se levaient tôt, surtout les paysans du sud de la France. Mais à quelle heure l’enfant a-t-il été apporté là ? Il est possible que ce soit en pleine nuit. Le prêtre a noté qu’on estimait son âge à une quinzaine de jours. Comment la mère a-t-elle dû passer ces deux semaines ? Par quelles hésitations et quels scrupules a-t-elle pu être dévorée ? Était-elle seule ? Quel conflit a pu se dérouler et avec qui ? Avec sa propre mère ? Ou avec ses employeurs si elle était domestique ? Ou avec le père du nouveau-né ?
En tout cas l’enfant est bien accueilli par la petite communauté : on lui donne des notables comme parrain et marraine ainsi qu’en attestent le « Monsieur » attribué au premier et sa qualification de « bourgeois », tout comme le « Demoiselle » appliqué à la seconde, qui la définit comme femme d’un certain rang social. Enfin, le fait qu’on en donne à l’enfant le nom du village lui-même montre que cet abandon est un fait exceptionnel à Ceyras, ce que nous avons d’ailleurs constaté en parcourant ses registres.

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