#ChallengeAZ 2015 G comme Les Gerveaux

Je n’ai été qu’à moitié étonné en me découvrant des ancêtres dans l’Aveyron, voisin de l’Hérault, car l’émigration du plus misérable vers le moins pauvre des deux départements était assez fréquente sous l’Ancien Régime. Mais le plus étonnant a été de m’apercevoir que ces ancêtres étaient en fait des Auvergnats. Voici comment.

Tout a commencé à la lecture de l’acte d’un mariage célébré le 18 pluviôse de l’an IV, soit le 7 février 1796 à Plaissan, un village de l’Hérault qui avait alors deux cents habitants, entre Antoine Auzard et Jeanne Balsan, mes Sosa 76 et 77.
Mon attention a été attirée par la personne du marié : « âgé d’environ quarante ans et domicilié en cette commune depuis environ vingt ans » ; il « a dit n’avoir pas en son pouvoir l’acte de sa naissance malgré les recherches qu’il avait fait[es] pour se le procurer, mais qu’il était assuré d’avoir atteint la quarantaine d’années et qu’il est né à Lagerbeau, paroisse de Brommat, canton de Mur-de-Barrez, département de l’Aveyron ».
Il est né en fait le 15 mai 1754 et a donc presque quarante-deux ans quand il se marie. Quant à son lieu de naissance, après une recherche sur la carte, corroborée par les registres, ce sont Les Gerveaux, un hameau dépendant de la commune de Brommat. L’Aveyron appartenait au Rouergue, mais le canton de Mur-de-Barrez, qui est tout au nord du département et touche le Cantal, faisait partie d’une des régions de l’Auvergne, le Carladez. Amusé par cette curiosité et intrigué par cet ancêtre auvergnat, je décidai d’aller voir son hameau natal, en traversant l’Aveyron du sud au nord, en sens inverse du parcours qu’avait dû suivre mon aïeul Antoine Auzard vers 1770.

Les Gerveaux, photographie personnelle

Les Gerveaux, photographie personnelle

Il est le dernier enfant d’un couple de paysans ; sa mère, Cécile Rouquette, meurt quand il a trois ans. Quelle enfance a-t-il pu avoir ? Sûrement très tôt au travail des champs et à garder les bêtes. Il ne sait pas écrire, comme le montre l’acte de mariage, son épouse non plus. Cet acte ne mentionne pas son métier ; mais on trouve celui-ci dans l’acte de naissance de son fils Antoine François en 1806. Il est, sans surprise, « travailleur de terre », autrement dit ouvrier agricole.
C’est en cette qualité qu’il a dû vivre avant de s’installer à Plaissan vers 1776 où l’ouvrage a été assez abondant pour qu’il y reste vingt ans et amasse le petit pécule qui lui a permis de se marier. Comment imaginer ses autres années, entre peut-être ses quinze ans où on l’aura poussé sur les grands chemins pour qu’il gagne son pain et les vingt ans bien passés qu’il a en arrivant à Plaissan ? Il a probablement suivi une errance de village en village et de ferme en ferme à la recherche d’une soupe, d’une grange pour dormir et parfois de la récompense d’une bouteille de vin. Cette vie existait encore au début du XXe siècle et Jean Giono l’a racontée dans ses romans. Antoine a traversé l’Aveyron du nord au sud, causses compris, et la partie nord de l’Hérault.
Jeanne Balsan non plus n’est pas originaire de Plaissan : elle est née à Aumelas, un autre petit village à dix kilomètres de là, où vivent encore ses parents. Quand elle se marie, elle a presque vingt-neuf ans et elle est domiciliée à Plaissan. Qu’y fait-elle ? L’état-civil ne le dit pas. On serait tenté d’imaginer qu’elle a trouvé un emploi de servante.
Tout cela bat en brèche un mythe, celui du village originel d’où viendraient tous les ancêtres. La généalogie montre qu’au contraire ils se déplaçaient beaucoup et que leur localisation change souvent au fil des générations. Un des fils de ce couple, Antoine François Auzard déjà nommé ci-dessus, se mariera avec Catherine Esprit, évoquée dans un autre article de ce challenge.

Les Gerveaux sur la carte de Cassini.

Les Gerveaux sur la carte de Cassini.

7 réponses à “#ChallengeAZ 2015 G comme Les Gerveaux

  1. Un billet très agréable à lire. Non seulement ils se déplaçaient beaucoup, mais parfois on est vraiment étonné des distances parcourues!

  2. Beau récit ! J’ai fait également des découvertes dans ma généalogie qui montrent que nos ancêtres étaient souvent beaucoup plus mobiles qu’on ne se l’imagine.

  3. J’aime beaucoup ce texte très évocateur : en peu de mots, il permet d’imaginer une vie. Et quelle vie, pleine de rudesse ! Mais après tout, cela n’a peut-être pas empêché Antoine d’être heureux ?

    Et merci de rappeler combien la littérature constitue une source intéressante pour saisir le contexte d’une époque. Les historiens l’utilisent souvent !

    Hélène

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