#ChallengeAZ 2015 Le clocher s’effondre sur les fidèles : cent morts.

Toujours à l’affût de mentions insolites, j’ai été assez surpris de rencontrer celle-ci dans les registres paroissiaux de Gignac, bourgade de l’Hérault où vécurent quelques uns de mes ancêtres : « Le huitième du mois de décembre [1738] sont cent tous ceux qui moururent sous la ruine de la chute du clocher ; dans l’original à la fin du registre de 1738. »Effectivement en se reportant à l’endroit mentionné on trouve sur trois pages la liste des victimes, qui sont une centaine. L’accident s’est produit le 7 décembre 1738, qui était un dimanche. C’est donc pendant la messe qu’il a eu lieu et que le clocher, défonçant la voûte, s’est écrasé avec elle sur les fidèles. Il faut préciser qu’il ne s’agit pas d’une église médiévale – celles-là sont toujours debout – mais qu’elle avait été achevée en 1677. La liste mérite d’être reproduite, car elle constitue une sorte de cliché d’un échantillon de la population d’une petite ville du Languedoc au XVIIIe siècle :

Les trois pages du registres paroissialqui contiennent la liste des victimes.

Les trois pages du registres paroissial
qui contiennent la liste des victimes.

« État de ceux qui sont morts le septième décembre 1738 par la chute du clocher de l’église paroissiale de Gignac.
Magdeleine Barral femme de Guillaume Jouven hôte, Marie Palas femme du Sr Pierre Maignon hôte, Dlle Magdeleine Privat épouse du Sr Jean Bedot bourgeois, avec ses deux filles, Jean Prat teinturier, Giberte femme de Philippe Dupin faiseur des paniers d’osier, Sr Jacques Dalmas marchand droguiste, Antoine Cappion fustanier avec sa femme Anne Creyssac et une jeune fille, Sr Jérôme Cabanon bourgeois, Sr Jean Montels marchand derrière l’église, Valentine femme de Jean Cayre maréchal de forge, la veuve d’Élie Espagne cordonnier, Sr Pierre Granat fils, une fille de Michel Beaumes maçon, Laurent Farrieres fustanier, Dlle Madeleine Blaquiere femme du Sr François Gouttes, Michel Gouttes brassier du Puits de l’Olivette, la fille de Mathieu Bertrand, trois filles d’Antoine Rouges cordonnier, Antoine Gineste brassier, Anne Lausset veuve de Desé cordonnier, un garçon d’Antoine Silvestre appelé Jean, Anne Querelles veuve d’Hébrard cordonnier, la femme d’Argeliere fustanier, la femme d’Antoine Couderc brassier, le garçon aîné de Jean Julian brassier, Guillaume Balestier avec un enfant et sa femme qui mourut le lendemain, un enfant de Jean Boudon brassier, la femme et deux enfants de Louis Dalichoux brassier, Guillaume Gineste brassier, une fille de Jean Saudadier brassier, un garçon de Marc Loques brassier, Pierre Gibal garçon chirurgien, Jacques Lausset brassier, Mialaret maître cordonnier, le Sr Noualhac bourgeois, le Sr Louis Claparede notaire, la femme de Coste cordonnier appelée Tourret, Louise Freger veuve de celarier voiturier, Marie Bertrand fille légitime de feu Jean Bertrand cordonnier, Sr Henri Lainé bourgeois, Sr François Esteve marchand droguiste, Blaque veuve de Bessiere voiturier, un enfant d’Aches brassier, Marie Labes femme de Laurent Grenier, Espinassole Pierre dit Daudou brassier, la fille jeune de Laurent Aumietes, Louis Seguret maître cordonnier, le fils aîné de la veuve de Navas rue de la Cour, Verteille femme de Gausi père, un enfant de Claude Froment fustanier, Bascou femme de Gausi fils rue de Laroque, François Desfours mari de Grassette, Jeanne Movis, un enfant d’Antoine Grasset brassier, Jean Cazalet aîné brassier, François Balestrier brassier, Pierre Bronzet brassier, Me Thomas faiseur des chaises, Estivale veuve de Claude Retombres, la veuve de Jacques Pelisse, Antoine André père, Fulcrand Basque boulanger, Rigaille femme dudit Fulcrand Basqque, Mr Jacques Rouviere chirurgien, Mr Marc Antoine Fauquier médecin, François Escuret frère d’Escuret fermier du mas de Vatte, Maurin chapelier, une fille du Sr Pierre Espagne marchand, Marie Condamines femme de Pierre Laroque, Mr Fulcrand Dupin avocat et notaire, la femme du Sr Rivayroles régent des écoles, la veuve du Sr Jacuqes Ferier marchand, Peguriere veuve de Bres voiturier, Marie Grenier femme de Chauvet tonnelier, Mr Couchefieu bourgeois, la veuve de Jean Navas dit de Laspalieres, Marie Sauvante femme de Pierre Fulcrand brassier, Marc Basque brassier, un enfant de François Espinassole, Pierre ? des R.P. cordeliers, Fauquiere veuve de Mathieu Coste brassier, Etienne Beys brassier, la veuve de Joseph Bouillon brassier, un valet , Etienne et Françoise Grenier enfants de Laurent et de Marie Labes sa femme, Jean Girbal de Cambous »

Gignac comptait un peu plus de deux mille habitants à cette époque.
Sur la centaine de victimes, huit cordonniers ou leurs épouses sont cités : plus qu’un indice de la piété de cette corporation, le nombre élevé de ces cordonniers nous rappelle qu’en ce temps-là on marche beaucoup et souvent sur des sols caillouteux, qu’il s’ensuit que les chaussures se détériorent assez vite et qu’on les fait réparer et ressemeler autant qu’on peut.
Apparaissent quatre « fustaniers », qui , d’après Le Trésor du Félibrige de Mistral sont des « fabricant[s] de futaine ; tisseur[s] de couverture », la futaine étant une étoffe de coton employée depuis le moyen âge. On trouve aussi des « hôtes », c’est-à-dire des aubergistes, et des « voituriers », nous dirions des transporteurs routiers. Mais les plus souvent cités restent les « brassiers », au nombre d’une vingtaine, ces ouvriers agricoles qui n’ont que leurs bras pour gagner leur vie.
Cet acte de sépulture collectif reproduit également la hiérarchie des classes sociales : en guise de statut, certains défunts sont qualifiés de « bourgeois » ; Quelques uns ont droit à Sr devant leur nom, abréviation de Sieur, et d’autres sont même appelés Mr, Monsieur. De même deux des femmes ont le titre de Dlle, Demoiselle, alors qu’elles sont mariées, ce qui atteste leur appartenance une certaine classe. Jusque dans la mort et sous la plume d’un homme d’église les inégalités subsistent.

Le Pourtalet à GignacArchives départementales de l'Hérault

Le Pourtalet à Gignac
Archives départementales de l’Hérault

5 réponses à “#ChallengeAZ 2015 Le clocher s’effondre sur les fidèles : cent morts.

  1. Quelle découverte ! Malgré la tragédie, il est passionnant de découvrir ainsi un aperçu de la composition de la population de cette petite ville.
    Elise

  2. Une véritable tragédie, lire ses noms qui se suivent fait froid dans le dos.

  3. Quelle tragédie! Ayant une majorité d’ancêtres héraultais, je ne conaissais pas cet évènement et j’en avait même jamais entendu parler. A noter qu’il a aussi 2 notaires.

  4. Impressionnant… c’est tout de même 5% des habitants qui disparaissent d’un coup.

  5. Article fort sympathique, une lecture agréable. Ce blog est vraiment pas mal, et les sujets présents plutôt bons dans l’ensemble, bravo !

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