#ChallengeAZ 2015 X comme Xénolalie

La xénolalie, du grec xenos « étranger » et lalein « bavarder », est le fait de parler une langue étrangère qu’on n’a pas apprise ; c’est par exemple le cas des Apôtres qui reçoivent la visite de l’Esprit Saint lors de la Pentecôte. Ils se mettent à parler différentes langues de l’Empire romain et partiront ainsi évangéliser les quatre coins de l’horizon. Ce mot est peut-être trop noble et trop joli pour désigner le phénomène que la lettre X du ChallengeAZ me donne l’occasion d’évoquer. Je veux parler de cet abus de mots anglo-américains mal digérés qu’on nous régurgite à toute occasion.
Je le dis solennellement : j’en ai assez de ce dégueulis linguistique. Je supporte l’anglais quand il est employé par Shakespeare ou par Keats, mais je suis scandalisé quand je tombe sur des phrases comme celle-ci, rencontrée quand je cherchais un nouveau thème pour mon site : « Un autre point à souligner est le slider qui compose le footer. C’est assez particulier, qu’en pensez-vous ? » Je n’en pense rien, n’ayant pas compris. J’ai pourtant subi l’apprentissage de l’anglais au lycée. Tout ce que je pense c’est que l’auteur de cette balourdise ne sait pas s’exprimer, ou alors qu’il a un mépris complet de ses lecteurs et qu’il veut affirmer sa supériorité en employant un langage incompréhensible, tactique bien connue des pseudo-scientifiques.
Telle est l’étendue de l’infection qu’on pourrait multiplier les exemples à n’en plus finir. Je n’en citerai qu’un, relevé sur le blogue de Geneanet : « sur une timeline (barre de temps), vous ajoutez des événements ». Une phrase pareille suscite des constatations : traduire timeline entre parenthèses par « barre de temps », c’est prendre le lecteur pour un imbécile, c’est supposer qu’il ne comprend pas une expression aussi simpliste ; c’est aussi se moquer de ce lecteur : pourquoi dire une timeline ? Pourquoi ne pas écrire d’emblée une « barre de temps » ? Et si on voulait passer pour savant, à défaut de l’être, pourquoi ne pas employer un « axe temporel » ?
La vraie raison est que ces gens qui nous envoient à la figure des mots anglais comme des postillons chargés de bactéries et de virus croient être dans la ligne du progrès, alors que ce sont de pitoyables conformistes. Dans leur naïveté et leur ignorance, ils s’imaginent être « in », alors qu’ils sont « out of fashion » depuis belle lurette. Marcel Proust se moquait déjà d’eux en 1919 quand il évoquait son adolescence des années 1880 dans À l’Ombre des jeunes filles en fleur :

«  Le nom de Noël était du reste inconnu à Mme Swann et à Gilberte qui l’avaient remplacé par celui de Christmas, et ne parlaient que du pudding de Christmas, de ce qu’on leur avait donné pour leur Christmas, de s’absenter —ce qui me rendait fou de douleur —pour Christmas. Même à la maison, je me serais cru déshonoré en parlant de Noël et je ne disais plus que Christmas, ce que mon père trouvait extrêmement ridicule. »

Le père Proust avait raison.

5 réponses à “#ChallengeAZ 2015 X comme Xénolalie

  1. Le jargon informatique est truffé de mots empruntés à l’anglais que l’on ne prend même plus la peine de traduire, puisque le monde professionnel s’en sert!

    Entre « pied de page » et « footer », on fait vite le choix de la facilité.., le nombre de caractères!

    Si cet emploi ne se fait que pour les termes techniques, pourquoi pas?

    Comme l’elsässerditsch se désagrège dangereusement au contact de la langue française, le français à pour vocation de se diluer dans la mondialisation en affectant, au passage, d’une chewingumite aiguë la mâchoire!

    Tout n’est qu’affaire de temps 🙁

  2. Le monde professionnel le fait à l’esbroufe pour berner les gogos : ce n’est pas à ces gens-là de m’imposer une fausse langue.
    Et le français ne doit pas subir le triste sort de l’alsacien !

  3. Une vieille histoire, un vieux mariage que l’esbroufe et le monde professionnel. Dans un monde où les apparences sont plus importantes que la vérité on pourra toujours tout se permettre et pour le salaud, sauver sa face. L’anglais c’est tellement « in » et rendu indispensable dès l’enfance avec l’apprentissage de l’informatique, par les jeux vidéos et la dernière tendance musicale, que je ne vois pas trop comment y échapper!

    On peut ralentir la progression de cette langue, mais comment stopper une assimilation inévitable lié intimement à un système économique que l’on nous présente comme irremplaçable?

  4. Je me passe très bien des jeux vidéos ; quant à la dernière tendance musicale, je préfère Schubert et la langue qu’il parlait !

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