#généathème « Écrire l’histoire de sa famille » par Hélène Soula

Une question se pose quand on a un tant soit peu avancé dans sa généalogie : que faire avec les données recueillies ? Les ancêtres sont bien là, mais ils ont l’air d’une collection de papillons épinglés sur leur arbre. On aimerait que cette recherche aboutisse à autre chose qu’un catalogue de noms, car on a trouvé beaucoup de faits sur ses ancêtres et on aimerait bien les noter quelque part. La solution qui s’impose est de rédiger souvenirs et connaissances acquises, mais réaliser un livre n’est pas chose facile.
Si on veut se lancer dans l’aventure, il est indispensable de lire l’ouvrage d’Hélène Soula, Écrire l’histoire de sa famille, paru en 2012 aux éditions Eyrolles, non seulement de le lire, mais de le pratiquer et de l’avoir toujours à portée de main. Son auteur propose en effet un tour d’horizon complet de la question et accompagne le lecteur dans toutes les étapes de cette difficile démarche, depuis la décision d’écrire jusqu’à la mise en page de l’œuvre terminée.

Écrire l'histoire de sa maille 300
Écrire l’histoire de sa famille commence par une réflexion sur ce qu’implique la rédaction d’une telle histoire, depuis les raisons, à la fois sociales et psychologiques, qu’on peut avoir d’écrire ce  livre ; Hélène Soula rappelle notre appartenance à un devenir historique et collectif ; mais elle met en garde contre les retentissements que peut avoir une telle enquête, d’abord sur soi-même, mais également sur l’entourage familial. Et que faire du fameux secret de famille ?
Mais l’ouvrage n’est pas seulement théorique, c’est un manuel pratique qui détaille toutes les étapes de ce parcours du combattant qu’est la création d’un livre. Cela va du comportement à adopter avec ses informateurs, c’est-à-dire les témoins qu’on interrogera, jusqu’au rappel des règles de la typographie. La démarche est exhaustive et le livre d’Hélène Soula, même s’il se lit facilement, a un aspect qu’on peut qualifier d’encyclopédique.
L’auteur pose la question des choix préalables : de qui parler exactement ? Que faut-il garder parmi les mille et un renseignements glanés ? Par ailleurs l’inventaire des matériaux et des procédés à la disposition de l’écrivain est complet : registres, tonalités, niveaux de langue, temps du récit sont passés en revue. On trouve aussi un utile rappel sur la nécessité de construire un plan, qui n’est pas un artifice scolaire, mais une feuille de route, pour reprendre une image que les médias ont malheureusement galvaudée. Hélène Soula analyse de façon magistrale les problèmes spécifiques que pose la construction de ce plan dans le cas de l’histoire familiale : comment ordonner l’évocation des différentes branches et des générations successives de ses ancêtres ? Différentes solutions sont envisagées.
Écrire l’histoire de sa famille est en effet un manuel pratique et propose des exercices qui s’avèrent utiles même quand on a l’habitude de rédiger. Comment varier la construction des phrases ? Comment mettre en jeu non seulement la vue, mais aussi l’ouïe et l’odorat dans la description des lieux où ont vécu nos ancêtres ? Pourquoi ne pas analyser et commenter les photos anciennes dont on peut disposer ?
Une référence implicite est faite à l’Oulipo, quand Hélène Soula donne en exemple certains des procédés de Georges Perec ou bien quand elle-même propose une dizaine d’énonciations différentes de la simple affirmation « Elle a quitté Reims » ; démonstration qui n’est pas sans rappeler les Exercices de style de Raymond Queneau. Éviter banalités et monotonie est en effet le premier moyen d’intéresser le lecteur. Par delà ce but, Hélène Soula montre comment étoffer les données généalogiques et, suivant sa formule, « Donner corps et âme aux personnages. »
Enfin l’auteur porte un regard sur ces petites difficultés qui peuvent mener à l’échec, comme la fameuse angoisse de la page blanche ou l’indispensable habitude à prendre d’un travail régulier. Son livre aborde tous les niveaux de l’organisation : celle du temps, et même le lieu où l’on écrira, tout comme les outils à employer.
Malgré toutes les recommandations qu’elle prodigue sur les différentes phases de l’écriture, Hélène Soula n’est jamais dogmatique et encourage chacun à la spontanéité : « Laissez parler votre voix, vos lecteurs auront plaisir à l’entendre. »

Hélène Soula, qui anime des ateliers d'écriture, est très présente sur les réseaux sociaux comme Twitter.

Hélène Soula,
qui anime des ateliers d’écriture,
est très présente sur les réseaux sociaux
comme Twitter.

En conclusion il s’agit d’un titre indispensable, même si on a déjà l’expérience du travail de l’écriture. D’autre part, maintenant que l’ordinateur fournit des facilités encore jamais vues pour rédiger un livre et qu’il est possible d’en faire imprimer un exemplaire relié et illustré pour moins de 20 € sur des sites comme www.lulu.com, il serait dommage de se priver de cette satisfaction et l’ouvrage d’Hélène Soula est un outil indispensable pour venir à bout de cette tâche. On en complétera la lecture en fréquentant Hélène Soula le Blog.

Une réponse à “#généathème « Écrire l’histoire de sa famille » par Hélène Soula

  1. Bonjour. J’ai acheté ce livre. Il est très intéressant. Pour ma part, je vais écrire le trajet de mon papa prisonnier. Je le recommande, il est très bien ! Annie

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *