Qui sait si nous nous reverrons ?

Une vieille photo qui représente trois soldats et, devant eux, un écriteau qui porte une inscription assez singulière : « Wer weiss ob wir uns wiedersehen ~ Weltkrieg 1914-16 », « Qui sait si nous nous reverrons ~ Guerre mondiale 1914-16 » .Lucien Soltner et deux autres soldats
Ce sont en effet des Allemands. Ils sont très jeunes : celui qui est assis à gauche n’a que dix-huit ans ; c’est Lucien Soltner, le grand-père de mon épouse, né en 1898 à Soultz dans le Haut-Rhin. Il a déjà été évoqué dans un autre article, « Amours ferroviaires« .
La photographie a été prise à Thorn une ville de l’est de la Prusse, que les Polonais, qui ont annexé la région, appellent maintenant Toruń. Le studio était celui d’un certain G. F. Wolgang, installé au numéro 2 de la Gerechtestrasse.
Tout comme les Français, les Allemands aimaient bien se faire photographier en uniforme. Les trois soldats posent devant un décor qui ressemble beaucoup à ceux qu’on voit sur les photographies des Poilus, un décor qui en temps de paix devait servir aussi pour les mariages, avec sa balustrade et son fond de forêt. Les trois jeunes hommes ont chacun une cigarette à la main, façon probable d’affirmer leur virilité.
Ce qui différencie cette photographie des innombrables photographies de Poilus est la présence de la pancarte. Le photographe la met sûrement à disposition des militaires qui viennent en groupe faire tirer leur portrait et l’expression « Guerre mondiale 1914-1916 » permet de dater le cliché.
C’est l’armée russe que les trois soldats vont affronter. La tradition familiale rapporte que Lucien Soltner appartenait au corps des « Pionniers », l’équivalent allemand du Génie de l’armée française.
Quant à la phrase « Qui sait si nous nous reverrons ? », elle est pour le moins ambiguë : veut-elle dire que ces jeunes soldats ont conscience du caractère éphémère de leur camaraderie ? Que leur amitié est menacée par la dispersion et aussi par la mort ? Elle ferait penser à cette vieille chanson de l’armée allemande : Ich hatt’ einen Kameraden (J’avais un camarade) qui date des guerres napoléoniennes.
Mais, pour ceux qui reçoivent la photographie, elle peut aussi suggérer l’angoisse de ne pas revenir : une telle inscription, qui sent le défaitisme, aurait-elle été possible en France ?

Lucien Soltner, vraisemblablement le même jour, dans le même studio?

Lucien Soltner, vraisemblablement le même jour, dans le même studio.

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