Galères à Sète

Deux actes de décès établis à presque vingt ans de distance témoignent de la présence au moins passagère de galères à Sète. Leur port d’attache était Marseille et, très vraisemblablement, elles mouillaient à Sète pour protéger pêcheurs et marins sétois des attaques des Barbaresques, car leur vitesse et leur maniabilité les rendaient redoutables dans ce genre de lutte.
D’abord deux morts sur une galère sont évoqués en 1684 dans un acte de la paroisse St-Joseph, la plus ancienne de Sète. Ces décès nous rappellent l’effroyable mortalité qui régnait chez les galériens : un forçat sur trois mourait dans les trois ans qui suivaient son arrivée à Marseille, arsenal et port d’attache de la quarantaine de galères que comptait le royaume.

AS galérien 1684 Sète St-Joseph

« L’an de grâce 1684 et le vingt
huitième août ont été ensevelis
Chaponié forçat dans la
galère [?] et Philippe
Gautier forçat et soldat sur la
galère dite la France décédé ledit
jour du matin présents François
Chabaud et Antoine Arnal
aumôniers signé avec nous
dans le cimetière de St-Louis »

Dans l’acte ci-dessus, l’expression « forçat et soldat » mérite une remarque : elle signifie probablement que ce Philippe Gautier était un soldat condamné aux galères, ce qui était le cas des déserteurs. À noter aussi la présence des aumôniers des deux vaisseaux qui participent aux funérailles avec le prêtre sétois. Je ne suis pas arrivé, malheureusement à lire le nom de la première galère.
Dix-neuf ans plus tard, un autre acte, qui provient, lui, de la paroisse St-Louis de Sète, évoque également un décès à bord d’une galère, celui d’un soldat :

AS soldat des galères 1703 Sète Saint-Louis

« L’an 1703 le dix-septième
juillet a été enterré Guillaume Taci fils
d’Antoine de Mazargues et d’Anne Millaud
du quartier de Ste-Marguerite terroir de
Marseille âgé d’environ quarante ans qui
est mort le même jour soldat sur la galère
La France commandée par Monsieur le Chevalier
de Sabram après avoir reçu les sacrements
fut enseveli dans le cimetière de cette paroisse
par moi curé assisté de Mr. Antoine Marquety
aumônier de ladite galère et d’autres gens soussignés »

Ce Guillaume Taci n’était pas un garde-chiourme : il était « soldat sur la galère La France », c’est-à-dire qu’il appartenait au « Régiment des Galères », une unité créée en 1636 dont le recrutement n’admettait que des Provençaux. Une centaine de ces soldats étaient embarqués sur chaque galère pour participer aux combats navals et aux opérations de débarquement.
Curieusement l’état-civil de ce Guillaume Taci, qui est un Marseillais, est bien renseigné, puisque on connaît l’identité de ses parents ainsi que leur paroisse d’origine, Mazargues pour le père, Ste-Marguerite pour la mère, – aujourd’hui deux proches banlieues de Marseille, à l’époque campagnes voisines de la ville – preuve que les officiers emportaient sur la galère le rôle détaillé de leurs troupes.

La Galère Réale Recüeil des vuës de tous les differens bastimens de la mer Mediterranée et de l’Océan, avec leurs noms et usages par P. J. Gueroult du Pas -P. Giffart Paris-1710 BNF-Gallica

La Galère Réale
Recüeil des vuës de tous les differens bastimens de la mer Mediterranée et de l’Océan,
avec leurs noms et usages par P. J. Gueroult du Pas -P. Giffart Paris-1710 BNF-Gallica

Je n’ai trouvé que ces deux actes évoquant des galériens, alors que Sète a été fondée en 1666 et que les galères ont servi jusqu’en 1748. Les décès ont pourtant dû être nombreux sur celles qui croisaient au large du port languedocien. Mais les défunts devaient être immergés dans les flots de la Méditerranée.

Le formulaire de congé d'un soldat des GalèresGallica-BnF

Le formulaire de congé d’un soldat des Galères Gallica-BnF

4 réponses à “Galères à Sète

  1. Passionnant tout ce qui touche aux forçats, aux militaires.., alors les deux conjugués!

    Merci du partage 🙂

  2. Très instructif, et comme quoi tout acte donne envie de se documenter

    Fanny-Nésida

  3. Bonjour, en distraction, lire « Léa de Port-Galère » de G.J.Arnaud

  4. Marseillais d’origine je préciserai que « Sainte Marguerite » et « Mazargues » qui étaient effectivement au XVIIème des villages proches de Marseille, ont été depuis longtemps inclus politiquement et administrativement dans la commune de Marseille, et forment des « quartiers » de la ville tout en ayant gardé leurs noms. Sur le pla administratifs ces deux quartiers sont un peu « éclatés » entre les 8ème et 9ème arrondissements de la ville , les plus « recherchés  » !

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