#généathème 100 mots pour une vie : Louis Gentil, mort sans sépulture

Ma mère m’avait parlé de cet oncle, un frère de son père, disparu en 1914. Mais, trop jeune, je n’avais pas compris l’horreur que masquait ce mot de disparition. C’est la découverte récente des journaux de marche des régiments et de leurs historiques qui m’a aidé à comprendre le martyre que la bêtise criminelle des politiciens a infligé à tant de jeunes hommes.

On n’a aucune photo de Louis Gentil, né en 1890 à Pont-de-Roide (Doubs) : il mesure 1,70 m avec des cheveux châtains et des yeux « jaunâtres ». Ouvrier d’usine, on lui a pris deux ans de sa vie pour le service. Le 1er août 1914, habitant à Valentigney (Territoire de Belfort), il est mobilisé dans le 35e RI qui passe la frontière et entre à Mulhouse le 8 août ; on se bat dans les banlieues jusqu’au 25. Puis c’est la bataille de la Marne. Le 9 septembre, Louis meurt à Saint-Soupplets (Seine-et-Marne). Son corps n’a jamais été retrouvé.

Tout ce qu'il reste de Louis Gentil

Tout ce qu’il reste de Louis Gentil

14 réponses à “#généathème 100 mots pour une vie : Louis Gentil, mort sans sépulture

  1. Je ne me lasserai jamais de lire vos articles

  2. Né en 1890, il devait exister des photos.., ou au moins une!

    Yeux jaunâtres? Un peu jeune pour une cirrhose.., une hépatite peut-être?

    Toujours captivant, je l’imagine passer par flax, pour entrer à Dornach où son régiment a fait fuir mon ancêtre qui perdra sa maison 🙂

    Vengeance! 100 mots, pas un de plus ni un de moins? 😉 -Lol

    • Le milieu où il est né était tellement modeste qu’on ne devait guère y pratiquer la photo. C’était d’ailleurs le même que celui de la famille de Jules Bonnot, famille qui apparaît souvent comme témoins dans les actes.
      D’autre part c’est la couleur de l’iris qui est mentionnée dans les registres militaires et non celle de la cornée. « Jaunâtre » veut sûrement dire marron très clair.
      Enfin, le 35e RI s’est effectivement battu à Dornach, mais aussi à Riedisheim et Rixheim.

  3. La fiche est peut-être tout ce qu’il reste de matériel, mais le souvenir, la mémoire comptent tout autant (si ce n’est plus).

    • Le souvenir d’un être qu’on n’a jamais vu (ma mère était née en 1921) et que les obus ont réduit à néant. Je parle des obus, puisque c’est l’artillerie allemande qui a anéanti la troupe française à laquelle appartenait mon grand-oncle.

  4. L’anarchiste? La bande à Bonnot?

    Yeux jaunâtres, c’est vrai que l’on ne pense pas à l’iris que je n’ai jamais vu tiré vers le jaune.

    Quant aux combats, c’est l’ordre de l’avancée de l’armée française. A Riedisheim, ceux qui ont secourus les militaires français (les protestants), ont pu le regretter et je soupçonne qu’un membre de ma famille ait pu disparaître pendant ces événements. Morschwiller le bas, Dornach, Riedisheim puis rixheim. Pas Flax, c’était un autre régiment.

  5. Bonjour,
    Dans le site « mémoire des hommes », se trouve peut-être le journal de son unité ? J’ai retrouvé la trace, les derniers instants d’un arrière-grand oncle de cette manière. J’ai lu aussi « les Croix de Bois » de Roland Dorgelès. Oeuvre bien connue peut-être, mais que j’ai découverte il y a peu. C’est le meilleur témoignage que j’ai pu lire sur le sujet.
    Merci pour vos articles.

  6. C’est dans le Journal de marche du 35e RI que j’ai lu que les Français qui avaient investi le village de Saint-Soupplets y ont été anéantis par l’artillerie allemande. Mon grand-oncle a dû être déchiqueté par un obus.
    Le roman de Dorgelès est bien sûr un grand roman. Mais il faut lire aussi « Le Feu » d’Henri Barbusse et « Verdun » de Jules Romains.

    • J’ai déjà « Le Feu » dans ma liste à lire… Je ne connais pas le deuxième mais je prends note !

      • C’est un des volumes des « Hommes de bonne volonté ». Lisez aussi « À l’ouest rien de nouveau » de l’Allemand Erich-Maria Remarque et « Orages d’acier » d’Ernst Jünger.

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