Il se tue en tombant du clocher, Nice 1723

Un acte de sépulture daté de 1723 trouvé dans les registres de Sainte-Réparate, la cathédrale de Nice, qui relate un accident du travail apparemment banal, mais soulève quelques problèmes, à commencer par sa longueur, car il occupe quatre lignes alors que les actes du même registre, qui concernent tous des décès,sont expédiés en une seule ligne. AS Tombé du clocher août 1723 Ste-Réparate

« 16 Carlo Antonio Gianasso figlio di Gio Batta Suissero del luogo di Moggio Diocesi
di Como muratore cascato dal campanile della chiesa di MM. PP. minori
Conventuali di S. Francesco della presente Citta, che detti Padri facevano fabricare
nuovamente _ anni 19 e sepolto in questa catedrale di S. Reparata. »

 

« 16 [août 1723]
Carlo Antonio Gianasso, fils de Giovanni Battista, Suisse du lieu de Moggio, diocèse
de Côme, maçon tombé du clocher de l’église de MM. les Pères mineurs
conventuels de St-François de la présente ville, que lesdits Pères faisaient construire
à nouveau, âgé de dix-neuf ans et inhumé dans cette cathédrale Ste-Réparate. »

À la première lecture on pourrait croire que le prêtre qui a écrit l’acte n’était pas très calé en géographie : en effet, le « Suisse du lieu de Moggio, diocèse de Côme » surprend un peu, Côme n’étant pas en Suisse, mais en Lombardie. Mais le diocèse de Côme a une partie de son territoire dans la Suisse voisine, partie qui,  en 1859, sera annexée au diocèse de Bâle, situé, lui, de l’autre côté de la confédération.

Au centre de l'image on aperçoit le clocher, appelé aujourd'hui Tour Saint-François. Au premier plan, les lavandières dans le lit du Paillon.

Au centre de l’image on aperçoit le clocher,
appelé aujourd’hui Tour Saint-François.
Au premier plan, les lavandières dans le lit du Paillon.
AD Alpes-Maritimes

Deuxième sujet d’étonnement : comment se fait-il qu’un maçon étranger travaille à Nice qui, en 1723, fait partie du royaume de Piémont-Sardaigne ? Les étrangers qu’on rencontre dans les actes paroissiaux niçois sont rares : parfois des Provençaux, ou bien quelques Ligures comme certains de mes ancêtres*. Ce Carlo Antonio Gianasso serait-il expérimenté dans le travail sur les clochers ? Peu probable : il n’a que dix-neuf ans. Ou bien, parti de Suisse à la suite de Dieu sait quelle circonstance personnelle, vagabonde-t-il à travers l’Europe, comme le fait un autre Suisse, Jean-Jacques Rousseau, quasiment à la même époque ?
Troisième question à poser : comment le rédacteur de l’acte connaît-il le prénom de son père et son lieu d’origine ? Deux réponses sont possibles : ou bien le jeune homme avait une sorte de passeport – ils commencent à apparaître au XVIIIe siècle ; ou bien son père était aussi à Nice et c’est ce dernier qui était un spécialiste de l’ouvrage mentionné, son fils l’accompagnant pour l’assister et apprendre le métier.
Le travail qu’effectue Carlo Antonio est connu historiquement : le clocher est celui de l’église du couvent où les Franciscains s’étaient installés au moyen âge dans ce qui est aujourd’hui le Vieux Nice. Comme cette église n’est dotée que d’un clocheton, les moines décident de la nantir d’un vrai clocher en 1722 et c’est sûrement aux travaux finals que participe le maçon suisse. Ce clocher, haut de 42 m a reçu le nom de Tour Saint-François et l’ensemble des bâtiments religieux auquel il appartenait a été sécularisé quand l’armée française occupe Nice en 1792.
La Tour existe toujours et les édiles niçois envisagent de l’ouvrir au public, si celui-ci veut bien grimper ses 194 marches.

Nice vue du haut de la Tour Saint-François. On peut imaginer la chute du maçon.

Nice vue du haut de la Tour Saint-François.
On peut imaginer la chute du malheureux maçon.
AD Alpes-Maritimes

* Voir l’article « Q comme Quiliano« 

Une réponse à “Il se tue en tombant du clocher, Nice 1723

  1. Ils ne devaient pas boire que de l’eau sur les chantiers. Il y a seulement 35 ans en arrière, j’avais vu des couvreurs avec une caisse consignée de bières (des bouteilles d’un litre) sur les toits Haut-Rhinois en plein cagnard!

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