Mariage pour tous en 1787

Le Journal de la généralité de Montpellier  succède aux Annonces, affiches et avis divers de Montpellier dont il reprend la maquette et les différentes rubriques. Dans son numéro du samedi 4 août 1787, il relate un événement étonnant qui n’a pas eu lieu en Languedoc, mais en Saintonge et qui serait digne de figurer parmi les contes libertins de ce temps-là :

« Dissolution d’un mariage.
On mande de Saintes un fait extraordinaire, mais qui ne peut être révoqué en doute. Les Juges de l’Officialité ont déclaré nul un mariage contracté entre deux hommes, François Suire et Marie Besson : ils leur ont permis de se remarier. L’erreur des parents de Marie Besson l’avait fait baptiser et élever comme fille. S’ignorant lui-même, et cédant à ce que ses habits, son éducation et l’âge où il était parvenu semblaient attendre de lui, il accepta François Suire pour son mari. Le mariage se célébra avec les formalités d’usage ; ce qu’il y a peut-être de plus surprenant, c’est que l’ignorance qui les avait unis l’un à l’autre, a subsisté entre eux pendant dix-huit mois. Éclairés enfin sur leur véritable état, ils se sont pourvus à l’Officialité de Saintes. Cette affaire exactement instruite, les Juges n’ont découvert dans ce mariage qu’une erreur, sans volonté de profaner le sacrement. »

On appelait Officialité un tribunal ecclésiastique qui siégeait dans chaque diocèse : comme le mariage était un sacrement religieux, seule cette juridiction était en mesure de le dissoudre. Et dans cette affaire elle n’a pas fait obstacle à l’annulation, permettant même aux demandeurs de se remarier.
La raison de cette dissolution est pour le moins étonnante : Marie et François se marient ; mais au bout de dix-huit mois François s’aperçoit que Marie est un homme ; d’où un recours au tribunal, celui de Saintes, aujourd’hui en Charente-Maritime.
Ils se sont mariés le 29 mai 1785 à une quinzaine de kilomètres, au village de Corme-Royal. Malheureusement l’acte de mariage n’est pas filiatif et ne donne même pas leur âge, car on aimerait lire l’acte de baptême de Marie Besson. Tout ce qu’on apprend est que François Suire est journalier de son état. Ironie du sort, un des témoins du mariage s’appelle Gay…
Comment tout cela a-t-il été possible ? D’abord l’erreur à la naissance et au baptême qui fait prendre Marie pour une fille. Ensuite, si cette Marie était un homme, avait-elle – ou doit-on dire avait-il ? – de la barbe ? Que s’est-il passé pendant la nuit de noces ? « L’ignorance » dont parle l’article a-t-elle vraiment duré un an et demi ? Est-ce qu’en fait les deux époux n’ont pas attendu aussi longtemps sous l’effet de la honte qu’ils éprouvaient à révéler publiquement leur situation ?

L'acte de mariage de François Suire et Marie Besson.

L’acte de mariage de François Suire et Marie Besson.

2 réponses à “Mariage pour tous en 1787

  1. Vous en denichez de bien droles tous les jours. Mais cette histoire la est la cerise sur le gateau! Joyeux Noel a vous et au plaisir de vous lire en 2016.

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