Une fillette homicide, Montpellier 1770 (fin)

Dès le 3 septembre les Annonces, affiches et avis divers publient la décision de la cour d’appel dans cette affaire la jeune meurtrière de treize ans a été condamnée à la prison à vie :

Titre Annonces 3 septembre 1770
« Par le Courrier du Lundi 3 de ce mois, on a appris que par Arrêt du Parlement de Toulouse du 31 du mois dernier, la jeune fille accusée d’avoir voulu étrangler un enfant de trois ans et demi, avait été condamnée à être enfermée pendant dix ans dans la maison du Bon Pasteur; et que la nommée Marie, sur laquelle elle avait eu la malice de jeter des soupçons, a été relaxée avec 600 livres de dommages et intérêts : on reçut qu’il y a eu plusieurs voix à la mort, d’autres à confirmer la Sentence du Sénéchal; et que l’Arrêt n’a passé que d’une voix. »

Si la justice est rapide – six semaines seulement entre la date du crime et celle où la cour d’appel se prononce après un procès en première instance – les informations ne vont pas vite : il a fallu trois jours pour que la nouvelle de cette décision franchisse les quelque 250 km qui séparent Toulouse de Montpellier. En effet c’est le « courrier » qui l’a apportée ; d’après le Dictionnaire de l’Académie de 1762, il est « celui qui court la poste pour porter les dépêches », autrement dit, elle est venue par la diligence.

Pourquoi Toulouse ? C’est le parlement de cette ville qui sert de cour d’appel pour le Languedoc, le même tribunal qui a condamné Calas à la roue huit ans auparavant. Avec la jeune inculpée il se montre clément et réduit la peine prononcée par le sénéchal de Montpellier à dix ans « dans la maison du Bon Pasteur ».

De quoi s’agit-il ? La congrégation des filles du Bon-Pasteur est un ordre de religieuses actif sous l’Ancien Régime. Elles gèrent en France une demi douzaine d’établissements où elles prennent notamment en charge des prostituées. Une de ces maisons du Bon Pasteur a ouvert à Toulouse en 1715. C’est là qu’on va enfermer la condamnée. L’acte qu’elle a commis n’étant pas signe d’un parfait équilibre, on pourrait se demander dans quel état elle est ressortie au bout de ces  dix ans passés dans des conditions carcérales, entre nonnes et filles de joie repenties de force.

Quant aux « 600 livres de dommages et intérêts » qu’elle est condamnée à verser à la pauvre femme accusée de façon mensongère, c’est une belle somme, l’équivalent de 30 000 de nos euros si on en croit certaines estimations, ce qui rejoint l’hypothèse émise dans l’article précédent sur sa fortune personnelle, donc sur son appartenance sociale.

4 réponses à “Une fillette homicide, Montpellier 1770 (fin)

  1. Très instructif sur l’époque et bravo pour le décodage !

  2. Où l’on aurait aimé savoir ce que les deux jeunes filles sont devenues…
    Je me pose une question au sujet de cette intéressante série d’articles : peut-on parler de fillette « homicide » ?

    • Pour la coupable, le seul moyen de l’identifier serait d’avoir accès aux archives judiciaires. Pour la victime, il y a deux fillettes dans les registres de baptême de Montpellier qui pourraient lui correspondre, mais le père de l’une n’est pas perruquier, il est domestique, et le métier du père de la seconde n’est pas mentionné.
      En ce qui concerne le titre de « Fillette homicide », je crois qu’il est légitime si on se réfère au Trésor de la langue française qui propose comme sens d’homicide :  » Qui a tué ou veut tuer quelqu’un ».

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