Violences au lupanar, Nice 1852

Dans son numéro du 10 décembre 1852, le quotidien L’Avenir de Nice évoque un fait divers plutôt violent. Mais que les lecteurs du journal se rassurent, les auteurs du méfait «  appartiennent à la classe ouvrière ». Il faut savoir qu’un « festin » est à Nice et dans son comté ce qu’un ducasse est dans le Nord ou une kilbe en Alsace, c’est-à-dire une fête populaire, ici liée à une paroisse et toujours bien arrosée : on peut présumer que les prévenus avaient procédé à des libations en l’honneur de Saint Roch. De plus, Nice n’étant pas française en ce temps-là, les articles du code pénal cités appartiennent à la législation du royaume de Piémont-Sardaigne, même si L’Avenir de Nice, qui est francophile, se proclame Journal des Alpes-Maritimes alors que ce département n’existe plus depuis 1814.L'Avenir de Nice 10 décembre 1852

« CHRONIQUE JUDICIAIRE.

Le tribunal de première instance, sous la présidence de M. Massa, conseiller d’appel et premier président, s’est occupée mardi 7 du courant d’un procès dont l’annonce avait attiré, une foule assez considérable. Toutefois la nature des débats a empêché que la curiosité du public fût satisfaite et le huis-clos a été prononcé; aussi nous ne pouvons que résumer l’acte d’accusation et l’arrêt qui a été prononcé.
Les accusés au nombre de six, dont un contumax, appartiennent à la classe ouvrière ; aux termes de l’arrêt de mise en accusation ils sont inculpés : 1° d’avoir le 23 août dernier, de retour du festin de St-Roch, causé des dégâts dans l’auberge du Phénix, tenue par la femme G.. – , en brisant des bouteilles, des verres et des tableaux et détruit les fourneaux de la cuisine ; 2° de violation de domicile pour s’être introduits de force dans la chambre à coucher de la maîtresse d’auberge, d’y avoir abîmé des objets et commis du tapage et du désordre ; 3° de sévices et d’outrage à la pudeur contre la femme F…… G….…, âgée de 45 ans; et la fille Marie M…., âgée de 23 ans.
La chambre des mises en accusation a écarté deux autres chefs d’accusation qui n’ont pas été suffisamment démontrés dans le cours de l’instruction.
Le président a procédé à l’interrogatoire de chacun des accusés séparément et au moment où l’audition des témoins allait commencer, l’organe du ministère public a requis le huis-clos aux termes de l’article 518 du code d’Instruction criminelle. Le tribunal ayant admis le huis-clos le public a dû se retirer fort désappointé.
M. Scoffier, substitut de l’avocat fiscal a requis la condamnation à 3 ans de prison de tous les accusés, excepté pour l’un d’eux contre lequel, vu son âge, il s’est borné à demander la peine d’un an de prison.
Les défenseurs ont conclu a l’acquittement des accusés.
Le tribunal, après 9 heures de délibération, a rendu un arrêt dont voici le résumé :
« Attendu que les débats ont fourni la preuve que le 23 août de 8 à 9 heures du soir, une troupe de jeunes gens, de retour les uns du festin de St-Roch, les autres d’autre part, se sont introduits dans l’auberge de la femme G…, et, sans aucun motif raisonnable, y ont commis les désordres et dégâts décrits dans l’acte d’accusation ;
Qu’il est également prouvé, que ces jeunes gens, contre la volonté de la femme G… se sont violemment introduits dans sa chambre à coucher, où, après avoir éteint les lumières, ils auraient tenté d’abuser de la fille Marie M…, qu’ils ont insultée et battue en la traînant dans les escaliers ;
Que de pareils actes de brutalité ont été commis sur la personne de la fille Françoise R… ;
Qu’il est prouvé que les accusés sont les auteurs de ces délits ;
Attendu cependant que de ces débats il est pareillement résulté que l’auberge du Phénix sert de maison de rendez-vous, dans laquelle la fille Marie M… du consentement de la maîtresse de l’auberge se livrait à tout venant, et que cette circonstance doit être prise en considération en faveur des accusés dans l’application de la peine ; eu égard à l’âge de minorité de l’accusé B. ;
Le tribunal faisant application des articles 718, dernier alinéa, 244, 433 et 96 du code pénal.
Condamne les accusés B…, G…, C… et T… chacun à un an de prison et 80 fr. d’amende, l’accusé B…, à six mois de prison et à 60 fr. d’amende ;
Tous à l’indemnité et aux frais du procès. »
On annonce que quelques-uns des accusés vont se pourvoir en appel de ce jugement. »

Festin à Cimiez par Clément ROASSAL (1781-1850)

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