Course de taureaux à Montpellier en 1770

Joh Peccadille vient de publier sur son blogue Orion en aéroplane un article intitulé « Les taureaux de Bordeaux : Goya lithographe » où elle évoque une série d’estampes que le grand artiste espagnol, exilé en France et nostalgique des corridas réalise dans les années 1820 avec cette technique nouvelle de la lithographie. En fait la France connaît déjà la tauromachie, comme le montre une « nouvelle intéressante » parue dans l’hebdomadaire de Montpellier, Annonces, affiches et avis divers, le 24 septembre 1770.

Titre journal« Hier dimanche 23 du courant on donna pour la première fois le magnifique spectacle de la course des taureaux pompeusement annoncé et depuis longtemps attendu. Quelques particuliers de cette ville voulant célébrer à leur tour l’auguste mariage de Monseigneur le Dauphin, ont cru qu’ils ne pouvaient imaginer rien de plus noble que de retracer aux yeux de leurs concitoyens une image des anciennes fêtes des Grecs et des Romains, en faisant combattre alternativement des taureaux avec des hommes et avec des chiens. Pour cet effet ils ont fait construire au manège un parc ou arène en carré, environné d’une claie, et ont fait élever un amphithéâtre dominant sur deux côtés du carré pour y placer les spectateurs, le tout fort solide et très bien entendu. À l’heure donnée une affluence de monde courut, attirée par la nouveauté du spectacle ; tout fut bientôt rempli : les curieux montaient jusque sur les toits des maisons voisines ; on lâcha cinq taureaux l’un après l’autre dans l’arène. Les prix destinés pour ceux qui se distingueraient par leur force et leur adresse dans cette sorte d’exercice, furent placés à la vue des combattants ; la symphonie du régiment et le bruit des tambours furent comme le prélude et le signal du combat. Mais on ne vit que deux champions qui montrèrent de la vigueur et du courage ; ils étaient frères, l’un des deux emporta la cocarde attachée aux cornes de la vache turque, qui fur lancée la première, et mérita l’écharpe. L’autre fit admirer sa force et son adresse ; il terrassa vigoureusement un des taureaux et combattit les autres de près avec la pique et obtint ainsi les autres prix ; mais les deux frères ne pouvaient pas toujours combattre, comme ils étaient presque seuls, et que la populace qui se trouvait dans l’arène ne formait qu’une troupe fugitive devant les taureaux, il arriva que ces animaux faiblement aiguillonnés parurent assez pacifiques, ce qui répandait un grand vide dans ce spectacle : l’attention des spectateurs était enfin réveillée par quelques dogues de forte race qu’on lâchait contre les taureaux et qui les harcelaient assez bien ; le spectacle fur terminé par un feu d’artifice qui fut tiré sur le dos du cinquième taureau qu’on eut le rare plaisir de voir sauter et mugir au milieu des flammes.
Au reste nous entrons dans tous ces détails en faveur des étrangers. »

Ce dauphin qui vient de se marier le 16 mai 1770 est bien sûr le futur Louis XVI. Noter que ce sont des particuliers qui financent le projet destiné à célébrer ce mariage, comme l’étaient à Rome les jeux du cirque. Si on doit construire un enclos et des gradins pour l’occasion, c’est que Montpellier, ville du moyen âge, n’a pas hérité comme ses voisines Arles et Nîmes d’arènes romaines. À en croire l’article, le spectacle a eu trois parties : course à la cocarde, lutte à la pique contre le taureau, combat entre chiens et taureaux, feu d’artifice qu’on tire sur un des taureaux. Par rapport à une corrida espagnole il manque le travail du matador, mais l’ensemble témoigne quand même d’une certaine férocité qui rappelle qu’on est seulement treize ans après l’exécution de Damiens.

2 réponses à “Course de taureaux à Montpellier en 1770

  1. Très intéressant. Le journaliste ne donne pas l’impression de trouver cela cruel… J’aurais bien aimé trouver un texte en écho à cet article, mais il faut croire que les taureaux angevins sont rares… (Enfin surtout les courses de taureaux !)

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