Antisémitisme et superstition

Une anecdote que Paul Merlin raconte dans ses Promenades alsaciennes de 1824, déjà citées dans l’article « Mort de faim en Alsace, 1817 » et qui a aussi pour cadre Ottrott, où vivent quelques uns de mes ancêtres. Comme pour beaucoup de faits divers, son intérêt est de révéler une mentalité collective :

« Le village d’Ottrot a été dernièrement fameux pendant quelques jours ; des charlatans ont découvert, dans un enfant de sept ans nommé Bastien, la vertu de guérir toute espèce de maladie. Pendant huit ou dix jours, la route de Strasbourg à Ottrot fut couverte de voitures transportant des malades de tous les rangs, qui allaient pleins d’espoir implorer les secours de ce nouvel Esculape. Les personnes non transportables obtenaient, pour beaucoup d’argent, les visites du petit Bastien. Les villageois criaient au miracle ; les esprits forts expliquaient cet effet merveilleux par le magnétisme, et les gens sensés disaient : « Je croirai quand j’aurai vu. » L’autorité voulut sévir contre les parents de cet enfant et les autres personnes qui entretenaient cette supercherie ; elle réfléchit et n’en fit rien. Ces imposteurs punis auraient été considérés dans le pays, comme des victimes de l’impiété, et des chimères qui devaient bientôt tomber d’elles-mêmes, auraient été promptement soutenues par une population nombreuse. Après quelques semaines on ne s’occupait plus de l’enfant merveilleux ; mais avant de poursuivre mon chemin, je demandai des nouvelles du petit Bastien, et l’on me répondit qu’il avait perdu le don de guérir, parce qu’il l’avait employé à rendre la santé à un Juif. Je ne fus point étonné de cette réponse : sottise et intolérance marchent de compagnie. »

Précisons qu’il y a un peu plus de 30 km de Strasbourg à Ottrott, soit une demi-journée de voyage en ce temps-là.

Ottrott au pied du Mont Sainte-Odile par Alfred Touchemoulin, 1894.

Ottrott au pied du Mont Sainte-Odile
par Alfred Touchemoulin, 1894.

3 réponses à “Antisémitisme et superstition

  1. J’ai également des origines à Ottrott (et Boersch, Klingenthal…). Le petit garçon dont il est question se prénomme Sébastien Willer. C’est l’arrière grand-oncle paternel de mon arrière grand-mère. J’ai appris cette histoire car quelqu’un m’a signalé la publication d’un livre, L’enfant aux miracles, de Gérard Hoffbeck, si cela vous intéresse d’avoir des précisions sur cette histoire, ne serait-ce que grâce au quatrième de couverture. Je l’ai commandé mais pas encore reçu.

  2. De rien ! Merci d’avoir partagé cette anecdote, qui, en plus d’être très intéressante (révélateur d’une mentalité collective, c’est exactement ça), me permet de tromper mon impatience avant la réception du livre.
    Je me suis permis de jeter un oeil sur Geneanet pour voir s’il y aurait un lien entre nos deux familles. A priori non (mais c’était un coup d’œil rapide, j’irai refaire un tour quand j’aurai un peu plus de temps).
    J’arrive dans les environs de Klingenthal par mes ancêtres Gilles (ou Egide) Willer (sosa 104), le frère de Sébastien, et Marie Anne Bisch, qui se sont mariés là-bas en 1842.

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