Bagarre avec un ours, Languedoc 1787

De tristes utopistes, ignorants du passé et dangereux pour l’avenir, voudraient réintroduire dans la nature de France ces bêtes fauves dont on a mis des siècles, pour ne pas dire des dire des millénaires, à se débarrasser, les loups et les ours. En témoigne ce fait divers survenu près d’un des innombrables villages de l’Hérault où j’ai des ancêtres, Montferrier, déjà évoqué dans un article du Challenge AZ 2014 : « O comme Mas de l’Oli ». C’est le Journal de la Généralité de Montpellier du 15 décembre 1787 qui raconte l’incident sous le titre « Trait de courage. » :

Titre journal

«  On mande de Montferrier, au diocèse  de Mirepoix, que sur une montagne appelée Tabe, peu éloignée de cette communauté, où l’on mène paître une quantité prodigieuse de bestiaux de toute espèce, on y voit fréquemment des ours et des loups qui y font des ravages considérables, ce qui donne lieu aux habitants des différentes paroisses qui avoisinent cette montagne, d’y faire des battues pour en éloigner ces sortes d’animaux.

Il est arrivé dans ce lieu un événement bien surprenant, qui a paru mériter place dans les nouvelles publiques ; quelques particuliers s’y étant rendus dans l’intention de livrer combat à ces bêtes féroces, un d’eux rencontra deux ours, il en abattit un d’un coup de fusil et blessa dangereusement le second ; mais n’étant quà six pas de l’animal, et le vent ayant porté dans ses yeux la fumée du coup qu’il venait de lui tirer, il ne s’aperçut d’être si près qu’au moment où il fut saisi et renversé par l’ours, qui lui fit plusieurs morsures à une jambe, qui pénétrèrent jusqu’à l’os. Malgré les douleurs qu’il ressentait, cet homme se releva, prit l’animal furieux par la mâchoire, et tandis qu’il lui mâchait la main gauche, il enfonça le bras droit dans la gueule, lui saisit la langue, et ne la lâcha plus jusqu’à ce qu’il l’eût étouffé sous lui. Cette action, marquée au coin d’une intrépidité dont il est peu d’exemples, mérite d’autant plus d’éloges que ce malheureux chargé de sept enfants, hors d’état de se procurer les ressources nécessaires pour leur existence, n’a pas craint d’exposer sa vie pour délivrer ses concitoyens des pertes journalières qu’ils éprouvent par la voracité de ces animaux. Cet homme est parfaitement guéri de ses blessures, mais il sera estropié »

Comme c’est très souvent le cas pour les faits divers, celui-ci est révélateur d’une société : d’abord les différents villages sont capables de s’entendre à propos du territoire des pâtures et aussi de s’associer pour en éliminer les animaux dangereux. L’homme lui-même qui est blessé et même « estropié » dans le combat avec la bête est très représentatif de cette France rurale de l’Ancien Régime : il a sept enfants, apparemment tous vivants ; c’est ce prodigieux essor démographique qui fait de la France le pays le plus peuplé d’Europe et qui permettra les guerres napoléoniennes. Mais quand ce héros se retrouve handicapé, il n’a plus de quoi vivre, ni faire vivre sa nombreuse famille.

Je raconterai une autre fois comment mon grand-père maternel avait été attaqué par des loups en 1906 dans le département du Doubs.

Jacques Callot, Miracles de Notre-Dame de l'Annonciation de Florence, Spadino et l' ours, 1615

Jacques Callot, Miracles de Notre-Dame de l’Annonciation de Florence,
Spadino et l’ ours,
1615
Gallica-BnF

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