Mort de faim en Alsace, 1817

Un petit livre publié à Paris en 1824 s’avère particulièrement précieux pour moi : il s’agit de Promenades alsaciennes, rédigées par un certain Paul Merlin. Qui est-il ? Sans doute un bourgeois aisé qui pratique ce qu’on n’appelle pas encore la randonnée et affirme : « Il n’y a pas de meilleure manière de bien observer un pays que de parcourir à pied les lieux qui méritent de fixer l’attention ; ce fut celle que j’adoptai. ».

De 1818 à 1822 il parcourt ainsi deux mini-régions contiguës en l’Alsace centrale, à savoir le Mont Sainte-Odile et ses environs d’une part, le Ban de la Roche de l’autre, c’est-à-dire les deux zones où vivaient la plupart de mes ancêtres alsaciens. Aussi j’aime trouver sous la plume de Paul Merlin anecdotes et descriptions qui laissent deviner le décor devant lequel ils ont vécu, par exemple avec une petite histoire enchâssée dans le récit de la randonnée autour du Mont Sainte-Odile en 1818 et qui va à l’encontre d’un stéréotype, celui de l’abondance de la table alsacienne. Le Dreistein, « les Trois Roches », est le nom donné aux ruines d’une forteresse médiévale, situées sur la commune d’Ottrott au pied du Mont Sainte-Odile où mon Sosa 231, Barbara Stauffer, a vu le jour en 1746.

« M. B… d’O…, dont le pinceau élégant et fidèle a retracé les sites les plus remarquables de ces montagnes, au pied desquelles il a reçu le jour, m’a raconté, qu’un jour du printemps de 1817, ayant dessiné la vue des débris des Drey-Stein et éprouvant une soif très vive, il se dirigea vers une cabane , dont la porte était ouverte, espérant s’y procurer quelques rafraîchissements. Il entre , la chaumière est déserte; il appelle, personne ne répond… Mais de quelle horreur est-il saisi en apercevant sur. le plancher un homme étendu sans vie !Ce malheureux était mort de faim……Je vois une chaumière au pied de la montagne ; c’est la seule habitation qui se découvre dans cette solitude; elle paraît inhabitée; nul doute que ce ne soit celle où s’est passé cette scène affreuse. Combien de semblables malheurs a vus l’année 1817 ! »

Le Dreistein par Alfred Touchemolin, Strasbourg 1889 BNU Strasbourg

Le Dreistein par Alfred Touchemolin, Strasbourg 1889
BNU Strasbourg

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