Mort de froid et de faim à Nice en 1887

Nous avons déjà publié un article intitulé « Mort de froid et de faim à Nice en 1815 » en nous étonnant du contraste entre la fin tragique d’un miséreux et la douceur de vivre au soleil que représente Nice. On retrouve la même conclusion sous la plume d’un journaliste qui relate un semblable fait divers dans Le Petit Niçois, plus de soixante ans après :

« mercredi 19 janvier 1887

Mort de faim. — Informés, hier à trois heures de l’après-midi, qu’un cadavre venait d’être découvert dans une propriété du quartier de la Serene, nous nous sommes empressés d’aller aux informations et voici les renseignements, que nous avons pu recueillir.
Ce cadavre est celui d’un homme de 70 à 72 ans environ que les gens du quartier affirment avoir connu il y a plusieurs années, travaillant en qualité de journalier, mais personne ne se rappelle ni son nom, ni aucune particularité pouvant permettre d’établir son identité. On suppose qu’il devait être, ces temps derniers dans un asile ou hospice quelconque et que, sorti avant hier, il s’est rendu à la Serene pour solliciter des secours auprès des personnes qu’il a pu y connaître jadis. Surpris par la nuit, n’ayant rien mangé et très fatigué, il s’est assis sous un olivier pour se reposer un instant et s’est endormi.
Dans la nuit, le froid l’a réveillé, il s’est relevé pour continuer sa route mais ses forces l’ont trahi et il est resté étendu sur le sol où il est misérablement mort d’inanition.
Dans la soirée, le commissaire de police du 3e arrondissement a dû se rendre sur les lieux pour procéder aux constatations légales, puis le cadavre a été transporté à la morgue du Château où il demeurera jusqu’à ce qu’on ait pu établir son identité.
Il est vraiment désolant et pitoyable, dans un pays comme le nôtre d’avoir à enregistrer des faits de ce genre. Dans cette région favorisée de la fortune et du soleil, mourir de faim et de froid est une antithèse par trop cruelle pour que nous ne plaignions pas le sort de ce malheureux vieillard expiré presque aux portes de notre ville. »

Le Château est une colline au bord de la mer qui domine le centre de Nice et où se trouvait une citadelle que l’artillerie de Louis XIV a jadis détruite. Quant à la Serene, francisation de Serena, c’est un quartier rural au nord de la ville, car en ces temps la campagne était non seulement proche de Nice, mais aussi partie intégrante de la cité.
Ce qui retient l’attention dans ce fait divers est la façon dont la victime est à la fois connue et inconnue : on se souvient de lui parce qu’il a travaillé dans différentes propriétés ; on l’a vu aussi s’assoir sous un olivier ; mais on ne sait plus son nom et c’est cet anonyme qui va dans son sommeil succomber au froid et à la misère physiologique.

Renoir - Les Oliviers

Renoir – Les Oliviers

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