Tué par les pois chiches, Uzès 1896

L’Éclair, un quotidien de Montpellier, relate dans son numéro du 1er janvier 1896 un banal accident du travail comme il y en a tant, survenu dans le Gard, mais son intérêt est de révéler des traits d’une époque :

Titre
« UZÈS.Accident. — Le nommé Thérond, âgé de 57 ans, employé chez M. Moulin, négociant en grains de notre ville, a été victime d’un accident très grave. En l’absence de M Moulin, Thérond, ne sachant que faire, voulut changer de place un sac rempli de pois-chiches, pesant environ 100 kil., qui se trouvait posé sur un autre sac de grains. Mal lui en prit, car ses pieds ayant glissé subitement au moment même où il chargeait le sac sur ses épaules, il tomba et reçut la charge sur la tête et le haut du corps. Aux cris poussés par Mme Moulin, les voisins accoururent, qui relevèrent Thérond presque inanimé et le transportèrent chez lui.
M. le docteur Pollon, appelé auprès du blessé, a constaté certaines lésions du côté de l’épine dorsale, qui mettent les jours de Thérond en danger. On annonçait, ce matin, que Thérond avait succombé à ses blessures. »

On cultivait et consommait autre fois le pois chiche depuis Nice jusqu’au Languedoc et sa culture était très répandue dans le Gard ; rien d’étonnant donc à ce que le grainetier d’Uzès en tienne de grandes quantités à disposition de ses clients agriculteurs.

Mais ce qui est remarquable est la différence de traitement entre les deux protagonistes du fait divers : « le nommé Thérond » d’un côté, « M. Moulin » de l’autre. Il est évident qu’on ne dit pas « Monsieur » devant le nom d’un défunt, mais ici la différence tombe à pic et la différence sociale est encore soulignée par l’épithète « le nommé ».

Car le journaliste est d’emblée du côté du patron et il cherche à défendre ce « M. Moulin, négociant en grain de notre ville », qualification qui le situe parmi les bourgeois et les notables. Et avant de décrire l’accident, l’article précise que celui-ci a lieu « en l’absence de M. Moulin » : le marchand n’est pas là et c’est de son propre chef que l’employé va commettre le geste fatal. C’est donc lui-même qui est responsable de sa mort en prenant une initiative et son employeur n’y est pour rien, qu’on se le dise.

Éléments de botanique, ou Méthode pour connatre les plantes, par M. Pitton de Tournefort, 1694, Gallica-BnF

Éléments de botanique, ou Méthode pour connatre les plantes, par M. Pitton de Tournefort, 1694, Gallica-BnF

10 réponses à “Tué par les pois chiches, Uzès 1896

  1. Votre commentaire de l’article est aussi très intéressant : votre interprétation de la lutte des classes a de bons relents des années 50 quand le communisme était triomphant après la victoire du camarade Staline.
    c’est bon de parcourir en 2016 120 ans d’histoire.

  2. Bonjour
    Graâce à La gazette de thierry sabot je découvre votre blog fort interessant.
    les textes sont très bien documentés et d’une écriture alerte..
    Je ne manquerai pas de suivre vos articles à venir.
    J’écris aussi, mais des livres sur la vie des paysans en Basse-Bretagne.
    Le nouveau évoque la lutte des cléricaux contre les laïcs fin XIX ,début XXe siècle.
    chez vous aussi, il y a dû y avoir du « reuz » comme on dit chez nous.
    Cordialement
    Pierrick Chuto
    http://www.chuto.fr/

    • Merci pour votre commentaire et pour le lien vers votre site, que je ne vais pas manquer de visiter. Pour ce qui est de la lutte entre cléricaux et laïcs, je me permettrai de vous répondre que le « chez vous » n’a guère de sens pour moi, vu la multiplicité de mes origines, à propos de laquelle je vous renvoie à l’article « Mes racines« . Mais je crois que dans les endroits dont j’ai eu des échos, surtout l’Hérault et Nice, la séparation de l’Église et de l’État s’est déroulée dans l’indifférence de ce qu’on a appelé « le Midi rouge », l’opinion étant depuis longtemps anticléricale. Une autre région de mes ancêtres, l’Alsace, était allemande en 1905 et elle est encore soumise au Concordat en 2016 !
      Cordialement.
      Jean-Michel Girardot

      • « Soumise » au Concordat !
        Encore un jugement de valeur importun qui ne laisse pas augurer d’une grande objectivité de vos écrits ni d’un grand respect pour ce qui ne vous ressemble pas….

        L’Alsace n’est pas « soumise » au Concordat, elle est régie pas le Concordat (qui est bien français et pas allemand, l’Alsace ayant été elle-même française avant que l’Allemagne n’existe), un Concordat qu’elle ne souhaite pas remettre en cause, en dépit de votre orientation « rouge ». Concordat qui en outre ne concerne pas que l’Eglise catholique, mais aussi d’autres cultes.

  3. @Reichoffen Je découvre votre post qui me fait réagir, d’une part parce que j’aime bien Monsieur Girardot et que je le trouve particulièrement pertinent. L’histoire se résume principalement à celle des puissants, rarement celle du peuple profond. Je suis Alsacien et cette soumission au Concordat m’apparait comme une évidence. Le Concordat est une autorité et nous sommes soumis à cette autorité. Je vous renvoie donc à votre sainte objectivité et votre sentiment exacerbé d’appartenance. Je connais nombre d’autres alsaciens qui ne verraient pas d’un bon oeil votre vision de l’Alsace. Faux-cul, menteurs et soumis, voilà le portrait des alsaciens que je connais et qui sont les premiers à vanter leur « Rot und Wiss ». Je sais que nous avons souvent mentis sur notre histoire et sur nos réelles affinités. Le conseil régional ne verrait pas d’un bon oeil ce que je pense réellement de l’histoire de l’Alsace.., pas celle vantée devant les caméras le torse gonflé d’orgueil et de vanité , mais la réelle qui se transmet avec une vraie humilité, dans la confidence et la tête basse. Quant-à l’orientation « rouge » ça me fait marrer, les exemples sont tellement nombreux, on pourrait même en revendiquer la paternité avec l’épisode Bundschuh qu’il serait facile d’associer au socialisme originel! Je connais nombre de pourris qui ont retourné leur veste après la guerre et parmi eux, il y a des noms connus. On ne va pas rouvrir les anciennes blessures, mais au moins cette saloperie de concordat reste à mes yeuxt une insulte aux idéaux qui devraient animer notre république, un pied de nez à la laïcité qui franchement me met en colère!

  4. Vous l’aimez bien Monsieur Girardot ?
    Forcément…, vous êtes Monsieur Girardot !

    Vous auriez mieux fait d’opter pour un autre angle de défense et, accessoirement, de faire amende honorable…!

  5. Ha ha ha, vous êtes un fin profileur!

    Si vous faites vos recherches historiques de la même manière, cela ne m’étonne pas que vous soyez aussi à l’aise. Un angle de défense? Ok, par quoi on commence? Etes-vous capables de citer que des sources extérieures à la droite ou aux religieux? Si vous ne connaissez que celles-là, je vous suggère de réviser vos copies.

    Je n’apprécie pas du tout votre défense du concordat en ces périodes troubles où la laïcité est prostituée par nos élus qui trouvent des tonnes de subtilités pour en contourner l’esprit afin de faire des courbettes aux bondieusards de tous bords. L’orientation « rouge », que vous présupposez suppose également que vous êtes contre cette orientation.., autrement même pas vous auriez relevé!

    Donc, c’est un peu se foutre de la gueule du monde; d’autant que les exemples des photographies de manifestations particulièrement denses, de slogans tranchants existent dans la presse et sur le Web!

    Pour finir, apprenez que je n’apprécie pas que l’on ne se prend pas la peine de me répondre directement. Que l’on m’efface d’un revers de main, alors que je n’ai même jamais eu l’occasion de boire un verre avec Monsieur Girardot!

    Cela démontre que vous fonctionnez sur le principe de croyances et que vous appréciez de vous ridiculiser.., je ne vais donc pas m’en priver 🙂

    Je tiens à vous avertir que si vous aimez faire « mumuse », je n’ai rien à y perdre dans les situations conflictuelles. Je ne réponds qu’à ma conscience et je me fous complètement de ce que l’on peut penser de moi. 😉

    A bon entendeur…

  6. Je n’aime pas du tout ces discussions stériles.
    Veuillez me désabonner.
    je n’ai pas de temps à perdre
    Pierrick Chuto

  7. Bonjour monsieur Pierrick,

    La discussion, pour peu que celui qui se terre sous le pseudo « Reichoffen » veuille bien détailler sa pensée, risque d’être tout, sauf stérile!

    Je suppose qu’il a au moins des arguments à opposer et j’offre de jouer le jeu, même si je n’aime pas ses manières. Vous pensez-bien, que dans un jeu pareil, il y a matière à un débat particulièrement constructif, argumenté et sourcé !

    Mais je m’étonne que vous puissiez ainsi piquer la mouche, sans être inquiété dans le débat! Sans que monsieur Girardot puisse porter la moindre responsabilité, puisque je semble être la cause de votre indignation.

    Biebele, il faut être conscient que si l’on s’abonne, il faut également savoir se désabonner sans demander à un tiers de faire son boulot à sa place 😉

    Un débat de qualité est toujours possible, même après avoir mis les pendules à l’heure. Essayez, vous verrez!

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