Espèces à protéger, Languedoc 1772

Protéger les espèces pour préserver l’équilibre de la nature ; on pourrait croire que notre époque a inventé ce principe. Mais en le trouve déjà de façon implicite au XVIIIe siècle, par exemple dans un article des Annonces, Affiches, et Avis divers de Montpellier paru le 24 février 1772 :

Titre

« Avis intéressants

La haine universellement vouée même par les laboureurs aux hiboux et chats-huants, paraît être bien mal fondée et peut-être très nuisible dans les pays à blé. Ces oiseaux carnassiers, loin de faire aucun tort aux grains, enlèvent les souris, les mulots et les taupes qui les ravagent. Si quelquefois ils percent les toits des granges, c’est pour arracher les nids de souris. Ils ne sont pas d’ailleurs assez forts pour détruire le gibier. Comme les mulots et les taupes ne sortent que la nuit, temps où les chats-huants voient et chassent, il est important de conserver ces oiseaux de proie. En multipliant les pièces de terre dévastées par un seul mulot pendant un hiver par le nombre de ces animaux qu’on peut supposer avoir été destiné chaque jour à un chat-huant pour sa nourriture, un seul de ces derniers pourrait, chaque année, conserver plusieurs arpents de blé. »

Bien sûr, cette recommandation a surtout un but utilitaire : elle s’adresse aux lecteurs de l’hebdomadaire, bourgeois et nobles dont beaucoup possèdent des terres ; il s’agira pour eux de répercuter la consigne auprès des paysans qui les cultivent. La classe sociale destinataire de l’article se trouve précisée par le fait que les rapaces nocturnes ne s’attaquent pas au gibier et ne peuvent donc pas léser des chasseurs.
De plus, quelle que soit la modernité de son allure, ce texte est marqué par son temps, qui est celui des philosophes. En effet « la haine universelle » éprouvée pour « les hiboux et les chats-huants » est le produit d’une superstition. Or le siècle des Lumières est en plein combat contre les superstitions auxquelles on assimile les croyances.
Cette superstition-là a-t-elle disparu ? On peut en douter car j’ai vu une chouette clouée à la porte d’une cabane dans l’Yonne au milieu des années 1970.

Chouette-hulotte Recueil de Papillons, Oiseaux et Poissons de différentes Espèces tant de France que des Pays étrangers. Peints par Aubriet, Dessinateur Pour l'Histoire Naturelle au Jardin du Roy, 1700

Chouette-hulotte
Recueil de Papillons, Oiseaux et Poissons de différentes Espèces tant de France que des Pays étrangers.
Peints par Aubriet, Dessinateur Pour l’Histoire Naturelle au Jardin du Roy, 1700
Gallica-BnF

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