Fortunes de mer en 1772

Le correspondant à Sète des Annonces, Affiches et Avis divers de Montpellier rapporte dans le numéro du 20 janvier 1772 quelques événements tragiques qui rappellent combien était précaire et dangereuse la vie des gens de mer :

Titre

« Le 14 du courant une Tartane partie du port de Sète, a été renversée d’un coup de vent à l’entrée du port de Marseille. Ce malheur a entraîné la perte des gens de l’équipage et de 15 étrangers qui étaient dans cette Tartane. Il n’y a pas eu un seul homme qui ait pu se soustraire à sa fatale destinée.

Peu de jours auparavant il est arrivé dans le port de Sète le navire français le Chasseur, commandé par le capitaine Maunoury des Plantes, de 130 tonneaux, venant de Nantes chargé de cercles à l’adresse de MM François Blanc, Guinard & Compagnie, frété pour Dunkerque à 51 livres et 10 pour 100. Ce navire ayant couru de grands hasards, tout l’équipage avait fait vœu d’aller à la messe en chemise, pieds et tête nus. Ce qui a été exécuté aussitôt après leur arrivée, malgré le froid rigoureux qu’il faisait ce jour-là.

Le 18 de ce mois, on a trouvé dans le même port, sous le fort Saint-Louis, le cadavre d’un matelot ponantais qu’on n’a pu reconnaître et qui s’était noyé. »

Entrée du port de Marseille vers 1840 par Amanda Girault in "Les beautés de la France" de Girault de Saint-Fargeau - 1855production

Entrée du port de Marseille vers 1840 par Amanda Girault
in Les beautés de la France de Girault de Saint-Fargeau – 1855

De nos jours le premier de ces événements aurait fait la une des médias : le naufrage corps et biens d’un petit navire devant le port de Marseille. On ne sait même pas combien étaient les hommes d’équipage, peut-être une demi-douzaine étant donné la taille modeste d’une tartane ; voir l’article « Des Turcs à Sète en 1787 », où est représentée une tartane. Il est seulement précisé que celle-ci transportait 15 étrangers : est-ce à dire des gens qui n’étaient pas français ? Il doit plutôt s’agir d’étrangers à l’équipage, autrement dit des passagers. En tout cas cet article suggère qu’il existait un trafic passager entre Sète et Marseille, beaucoup plus rapide sûrement que le parcours terrestre.

On ne connaît pas non plus le nombre des marins présents sur le deuxième navire évoqué : il est bien possible que le public ait déduit du type de l’embarcation l’importance implicite de l’équipage. Ce Chasseur apportait à Sète depuis Nantes une cargaison de cercles. Il s’agit vraisemblablement de cercles de tonneaux, sens attesté par Littré, qui donne comme synonymes les expressions « vin en cercles, vin en barrique. » Pourquoi tant de cercles de tonneaux ? La fabrication de ces ustensiles était une véritable industrie à Sète et on l’a évoquée dans l’article « Grève des tonneliers à Sète en 1786 ».

Les « grands hasards » qu’il a courus, euphémisme pour dire qu’il a affronté des tempêtes, entraînent son équipage à manifester sa piété d’une façon spectaculaire. Cette ferveur des marins qui remercient le ciel de les avoir sauvés du naufrage ne surprendra pas ceux qui connaissent la basilique de Notre-Dame de la Garde à Marseille dont le plafond est garni d’ex-voto offerts en action de grâces par des navigateurs épargnés pour avoir prié la Vierge Marie.

Le journaliste évoque pour terminer la découverte d’un noyé dont on on ne sait rien sinon qu’il s’agit d’un « matelot ponantais ». Toujours d’après Littré, c’est le « nom que les marins de la Méditerranée donnent aux marins de l’Océan. » Comment a-t-on pu identifier son origine ? Était-il vêtu d’une façon différente ? Ou bien quelqu’un de Sète le connaissait-il sans pour autant savoir son nom ?

Un exemple de piété marine :les navires miniatures suspendus au plafondde Notre-Dame de la Garde à Marseille.

Un exemple de piété marine :
les navires miniatures suspendus au plafond
de Notre-Dame de la Garde à Marseille.

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