Marchandage funèbre, Nice 1851

L’Avenir de Nice, journal républicain, francophile, et donc anticlérical, dans son numéro du 5 décembre 1851, celui-là même où il évoque le coup d’État qui vient d’avoir lieu à Paris, rapporte une curieuse négociation dans un cimetière :

Titre L'Avenir de Nice 5 décembre 1851

« CHRONIQUE LOCALE.

Il y a quelques jours un vétéran mourut à Nice. Ses camarades se cotisèrent pour subvenir aux frais de ses obsèques. Ils firent déposer dans une bière le corps du défunt et l’accompagnèrent jusqu’au cimetière du château. Mais leur étonnement fut grand lorsqu’ils entendirent l’aumônier du cimetière leur signifier que le corps devait être enterré sans sa bière, à moins qu’ils ne consentissent à lui payer une somme de DIX FRANCS. Les vétérans se récrièrent et après avoir tenté inutilement de vaincre la résistance de l’aumônier, ils le prièrent de leur faire crédit et de laisser enterrer avec sa bière leur compagnon. L’aumônier n’y consentit pas et, préférant, selon le proverbe, un bon tiens à deux tu l’auras, il abaissa successivement ses prétentions à 8, 7, et 6 francs, mais payés d’avance. Les vétérans, n’ayant pas consenti à payer cette somme ou ne le pouvant pas, enterrèrent eux-mêmes leur mort malgré l’opposition de l’aumônier.

Il existe réellement à Nice un odieux et brutal usage qui consiste à retirer les morts de la bière pour les enterrer ; mais ce fait d’ignoble marchandage au bord d’une fosse soulève le cœur dindignation.

Nous faudra-t-il donc signaler tous les jours des actes de sordidité de la part de ceux qui doivent donner l’exemple de la charité et de l’abnégation ?

Les vétérans ont porté leurs plaintes à l’état-major qui s’en est ému et qui veut donner suite à l’affaire. »

Ces vétérans qui portent en terre un de leurs compagnons sont sûrement d’anciens combattants des guerres napoléoniennes et la présence d’un article les concernant n’a rien de fortuit : sur cette même première page et juste à côté se trouve la proclamation de Louis-Napoléon Bonaparte qui abolit la Deuxième République. C’est donc la gloire de son oncle le grand empereur qui est bafouée à travers ses vieux soldats.

On peut s’étonner que la tractation se fasse en francs, alors qu’à cette époque la monnaie officielle de Nice est la lire : le journaliste fait comme si l’annexion de Nice par la France avait déjà eu lieu.
Nous avons déjà rencontré ce genre de marchandage au cimetière dans un autre article : « Des ptits trous, toujours des ptits trous, Nice 1851. »

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