Un sergent déserteur par amour, Montpellier 1772

Encore un cas de désertion relaté dans les Annonces, Affiches et Avis divers de Montpellier du 27 avril 1772 ; il s’ajoute à celui évoqué dans l’article précédent, « Un soldat filou » ; il faut dire que les déserteurs sont particulièrement nombreux en ce XVIIIe siècle et que l’armée française y enregistre presque 10 000 désertions par an.

Titre

« Il y a quelque temps qu’un sergent du régiment d’Aquitaine, après avoir forcé la caisse et enlevé, dit-on, 8500 livres, disparut d’ici avec une fille qu’il aimait éperdument. Peu de jours après leur fuite, ils furent arrêtés à Perpignan, et mercredi dernier le coupable fut condamné par le conseil de guerre à être pendu devant les casernes. MM. les Pénitents blancs, dont le zèle et la charité mérite des éloges, l’enlevèrent du gibet : ils le portèrent en pompes funèbres dans la paroisse Saint-Denis où ils le revêtirent du sac de Pénitent, et de là dans la chapelle où ils lui donnèrent la sépulture. La fille dont l’innocence a été reconnue, et qu’on avait enfermée dans les prisons du Palais, fut élargie le jour qui suivit celui de l’exécution. »

Ce sergent a sûrement aggravé son affaire en partant avec la caisse du régiment. Autre facteur probable d’aggravation : c’est un gradé qui donne le mauvais exemple. En effet la peine de mort n’est pas toujours appliquée aux déserteurs, loin s’en faut. D’ailleurs le 12 décembre 1775 une ordonnance va transformer cette peine de mort en travaux forcés.
Il faut noter que, si on l’arrête à Perpignan, c’est à Montpellier qu’on le ramène pour le juger, comme l’atteste la mention de la paroisse Saint-Denis qui est dans cette ville, sans doute pour que la condamnation ait une valeur exemplaire, puisque la pendaison a lieu « devant les casernes ».
Quant à la « fille » qui était partie avec le sergent, on ne peut qu’admirer la clémence du conseil de guerre à son égard : de nos jours il est vraisemblable qu’on l’aurait accusée de complicité. Enfin ce terme même de « fille » mérite qu’on cite la définition qu’en donne Jean-François Féraud dans son Dictionnaire critique de la langue française : «  fille, employé tout seul et sans addition, se prend ordinairement en mauvaise part, pour une fille de joie, une fille débauchée. »

Frontispice des règlements des pénitents blancs de Nancy, gravure de Jacques Callot, 1635. Gallica-Bnf.

Frontispice des règlements des pénitents blancs de Nancy,
gravure de Jacques Callot, 1635.
Gallica-Bnf.

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