Un soldat filou, Montpellier 1772

Comment se distraire dans une ville de garnison ? Aller au café est la solution la plus immédiate. Mais comment y aller quand on a pas d’argent ? Ce soldat, stationné à Montpellier, avait trouvé une solution ainsi que le racontent le 27 janvier 1772 les Annonces, Affiches et Avis divers :

Titre

« Un jeune homme étroitement lié avec soldat, lui proposa la semaine dernière, d’aller boire une bouteille de liqueur au café. L’invitation fut acceptée ; mais avant que d’entrer, le soldat aperçut dans la salle deux sergents de sa compagnie. Ne voulant pas en être connu, il pria son camarade de lui prêter sa redingote pour cacher l’uniforme qu’il portait. Sous ce nouvel habit il entra avec son compagnon, et après avoir bu il dit à celui qui lui avait donné le régal qui voulait le régaler à son tour d’une autre bouteille, et il la fit apporter sur le champ. Il ajouta qu’on ne pouvait pas toujours boire sans manger, et qu’il allait en conséquence chercher deux livres de marrons. Le soldat sort, l’autre l’attend, mais inutilement. Surpris, il va joindre les sergents qui étaient encore au café, et leur demande s’ils connaissent le jeune homme qui était sorti depuis environ trois quarts d’heure ; ils répondent qu’ils n’y ont pas pris garde. Il leur raconte alors ce qui s’est passé entre le soldat et lui. Sur son rapport, les sergents le saisissent et le conduisent en prison. On assure que le soldat a déserté. Il y a quelques années qu’une aventure à peu près semblable arriva dans une ville voisine de la nôtre, et peu s’en fallut que le dénouement n’en fut très sérieux. »

L’article montre qu’on trouvait des marrons chauds à Montpellier, une des grandes cités du Midi où cet usage n’était pas courant jusqu’à une époque récente, peut-être à cause du caractère varié de sa population, où les militaires côtoient les étudiants attirés par la prestigieuse faculté de médecine. De plus c’est au café que l’aventure a lieu, occasion de se rappeler que c’est au XVIIIe siècle que ce genre d’établissement a remplacé les archaïques tavernes où l’on ne buvait que du vin, ce qui n’empêche pas les nouveaux cafés de conquérir une vaste clientèle en servant autre chose que du café.
Quant au soldat héros de l’histoire, il aggrave son cas en désertant et le journaliste rappelle à mots couverts dans sa conclusion que le fait de déserter pourrait le conduire devant le peloton d’exécution.

2 réponses à “Un soldat filou, Montpellier 1772

  1. un jeune homme « étroitement lié avec le soldat » qui va le dénoncer aux sergents… pas joli joli tout ça.

    • Vous soulevez la question de l’homosexualité au XVIIIe siècle. À vrai dire je n’y avais pas pensé, mais votre remarque est très pertinente. Rousseau, qui plaisait beaucoup à certains messieurs, en parle dans les « Confessions ». Claude Manceron dans « Les Hommes de la liberté » raconte de façon très détaillée le suicide de deux soldats qui étaient amants à Saint-Denis en décembre 1773, donc à une date très proche du fait divers ci-dessus.

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