Un véhicule d’avenir : la voiture à vapeur, Montpellier 1891

La Brise du Soir, un hebdomadaire de Montpellier, se livre dans son numéro du 3 janvier 1891 à un éloge de ce qui apparaît comme un moyen de transport promis à un grand avenir :

Titre

« On commence à s’occuper beaucoup de la construction des voitures à vapeur qui, grâce à l’invention du générateur Serpollet, semblent sur le point d’entrer dans le domaine de l’application pratique. Déjà une voiture à vapeur accomplit en 42 heures le voyage de Paris à Lyon. Un nouveau modèle, assez semblable à un phaéton, vient d’être construit et va faire son apparition dans Paris.
Dans ce système de locomotion, il n’est pas besoin de surveiller les générateurs, le charbon s’introduit automatiquement dans le foyer, l’affluence de l’eau est réglée d’une façon régulière ; il n’y a ni manomètre, ni soupape, aussi le générateur est-il relégué à l’arrière de la voiture. L’alimentation du combustible étant automatique, une fois l’allumage fait et la voiture en marche, il ne reste plus aux voyageurs qu’à s’occuper de la direction et de l’allure à donner au véhicule.
Cette allure se règle très simplement à l’aide d’une seule main, celle qui tient le gouvernail. Grâce à la réserve des calories emmagasinées dans le tube, lorsqu’un coup de collier devient nécessaire, la machine peut doubler sa force : elle est munie d’un frein qui s’actionne avec le pied.
La réserve de combustible emporté est de 50 kg de charbon, la dépense par heure de 6 à 10 kg. La réserve d’eau est de 50 litres. La vitesse pratique que l’on peut conserver et de 20 km à l’heure.
La voiture ne trahit son passage par aucun bruit particulier, par aucune fumée, aucun jet de vapeur.
Comme il est permis de le penser, nous posséderions enfin la voiture à vapeur réellement pratique, relativement peu coûteuse, pouvant circuler sur la route ordinaire et se mettre à la disposition des fortunes modestes.
Il semble aussi que le générateur Serpollet, s’il tient toutes ses promesses, est celui que l’on cherche depuis nombre d’années, pour mettre à la disposition de tous la force mécanique de la vapeur. Le principal obstacle à la diffusion des petites machines a été jusqu’ici la difficulté d’installer des chaudières toujours volumineuses, de solliciter des autorisations, d’entretenir un ouvrier spécial. Si le générateur Serpollet fait disparaître ces difficultés, ces sources de démarches et de dépenses, il entrera de plain-pied certainement, sous peu, dans la petite et dans la moyenne industrie.
En outre des voitures à vapeur, il paraît qu’on est en train de construire un système de tricycles à vapeur pour trois personnes avec capote, nécessitant naturellement moins de force et pouvant fournir par conséquent une vitesse beaucoup plus considérable.
Un de nos amis, ingénieur à Montpellier, abonné de La Ligue Agricole, qui doit être des premiers à recevoir un de ces tricycles, nous a parlé d’une vitesse telle que les trains rapides resteraient en retard sur le nouveau mode de locomotion.
Qui sait ? Peut-être allons-nous assister à une révolution dans les moyens de voyager. En tout cas promettons à nos lecteurs les renseigner très exactement sur la vitesse, la facilité de direction, la commodité et, en un mot sur tous les avantages du tricycle attendu à Montpellier. »

Si on brûle 6 à 10 kg de charbon à l’heure, c’est-à-dire une moyenne de 8 kg, et qu’avec cette quantité de combustible on parcourt 20 km en une heure, on peut déduire qu’avec 50 kg on roulera pendant six heures à peu près, soit 120 km. Autrement dit il ne faudra que 400 kg de charbon environ pour aller de Paris à Marseille, distants de 800 km, de quoi chauffer une famille pendant un hiver rigoureux !
Il s’agit là d’une publicité rédactionnelle destinée à préparer l’arrivée des nouveaux modèles de la marque Serpollet, puisque les voitures à vapeur qui circulent déjà mettent 42 heures pour aller de Paris à Lyon, soit quelque 460 km. Tout le contenu de La Brise du Soir est d’ailleurs publicitaire, depuis les articles rédigés jusqu’aux encarts qui remplissent presque deux pages sur quatre.
Remarquer de plus qu’un des arguments est d’ordre social, puisque le journaliste prédit que ces nouveaux engins seront «  à la disposition des fortunes modestes ».

Voiture à vapeur Serpollet de 1891 CNUM

Voiture à vapeur Serpollet de 1891
C’est bien un tricycle, très convivial d’ailleurs, puisque le conducteur peut discuter avec les personnes assises face à lui.
Image CNUM

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