Une amende et trois jours de prison pour avoir dansé dans la rue, Hérault 1870

La Liberté de Montpellier dans son numéro du 15 février 1870 reproduit la lettre que lui ont adressée des lecteurs en colère :

Titre

« Florensac, le 5 février 1870.

Citoyen Rédacteur,

Si les préfets à poigne changent de résidence, les commissaires de police à poigne et autres agents ejusdem farinae, nous restent.
À la suite d’un bon dîner, vers 10 heures du soir, nous nous rendions au café sans grand bruit, en exécutant une danse de carnaval. Survient le commissaire de police, M. Gay, qui nous dresse procès-verbal. L’un de nous lui ayant fait observer qu’un pareil rigorisme était peu en harmonie avec le ministère pseudo-libéral, M. Gay a eu le soin de déclarer à l’audience que nous n’étions pas poursuivis précisément pour une contravention aux règlements de police, mais bien à raison de nos paroles irrévérencieuses envers le ministère sauveteur. Nous avons été condamnés : deux à 11 Fr. d’amende ; un à 15 Fr., et le dernier à trois jours de prison.
Agréez nos fraternelles salutations,

Railhac fils, négociant en vins ; Fornairon Edmond, propiétaire ; Alles Louis, commissionnaire en vins. »

Cette lettre reflète son époque à plusieurs niveaux : d’abord par les protagonistes mis en scène ; deux d’entre eux sont des commerçants, le troisième est un propriétaire et tous les trois sont des bourgeois bons vivants qui se distraient comme ils peuvent dans ce bourg de quelque 4000 habitants. Ils ont sans doute dîné au restaurant et se dirigent, probablement déjà éméchés, vers le café pour y continuer la soirée. On n’ose guère imaginer la troisième étape possible de leur nocturne déambulation.
Mal leur a pris cependant de se livrer dans la rue à une danse de carnaval. Ils sont d’ailleurs très en avance sur le calendrier, puisque en 1870 le Mardi Gras aura lieu le 1er mars. La suite, avec l’intervention du commissaire de police et les condamnations plutôt lourdes dont ils écopent est plutôt surprenante. Elle reflète assurément l’autoritarisme du second empire et son côté moralisateur, transmis jusqu’au fond de la province par ses fonctionnaires. Il faut aussi prendre en compte le fait que l’auteur de la lettre est un des justiciables et qu’il ne nous révèle peut-être pas tout de ses faits et gestes, ni de ceux de ses amis.
Néanmoins l’affaire a des allures de contestation politique avec des allusions à ce « ministère pseudo-libéral » qui est le gouvernement qu’Émile Ollivier vient de former le 2 janvier. De plus la missive a des accents qui veulent rappeler la Révolution française, un modèle encore proche dans les esprits, et affirmant donc les opinions républicaines de ses auteurs : « Citoyen Rédacteur » et « fraternelles salutations ».

Florensac au début du XXe siècle.

Florensac au début du XXe siècle.

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