Évasion à Nice en 1851

L’Avenir de Nice du 6 janvier 1851 raconte une évasion et aussi l’accueil de celle-ci dans l’opinion publique :

Titre

« Nice.
Les nommés Bovis, Mathon et Campet se sont évadés de prison dans la nuit du samedi soir, entre 10h et 10h 30, à l’aide d’une ouverture à la voûte de la prison avec une bande de fer arrachée au lit de camp. La pièce où ils étaient enfermés, par suite des demandes réitérées de Bovis, touchait aux combles de l’édifice. De ce point, munis de cordes faites avec la toile des paillasses, ils se sont glissés par cinq toitures successives et placées les unes au-dessous des autres jusqu’au petit clocher de la chapelle du Saint-Suaire et ils sont sortis par la grande porte d’entrée, située à vingt pas du corps de garde de la Poissonnerie.
Un quatrième individu, qui a reculé devant les dangers de cette évasion, a été retrouvé blotti sur les toits. Un dernier compagnon de chambrée n’a pas voulu quitter la prison et a subi quelques mauvais traitements de la part des fugitifs.
La foule, qui n’a pas cessé de stationner toute la journée autour des bâtiments de la prison, se livrait aux interprétations les plus diverses sur les causes qui ont favorisé l’évasion des prisonniers. Généralement on accusait l’autorité d’incurie. Bovis avait obtenu d’être transféré des prisons basses à l’étage supérieur, où il n’a eu qu’à percer la toiture pour se frayer une issue. Il avait été placé dans la même salle que quatre autres malfaiteurs fort dangereux, avec lesquels il a pu préparer de concert ses moyens d’évasion.
On prétend avoir vu Bovis au cabaret du Tivoli dans la journée d’hier et ce matin à huit heures.
Cette nuit un vol avec effraction a eu lieu au quartier dit l’Eau-Fraîche au préjudice d’un marchand boucher, demeurant non loin du Tivoli. La valeur soustraite est évaluée à 2500 Fr.
On n’a pas manqué de voir dans ce méfait une première conséquence de l’évasion des prisonniers. Une sorte d’alarme tout à fait exagérée s’est emparée de la population et des étrangers. Le bon sens public en fera facilement justice. La gendarmerie a été mise à la poursuite des fugitifs. »

Le quartier où l'évasion a eu lieu, sur un plan de 1865, dans le Vieux Nice au pied du Château, qui est à droite, et tout près de la mer.

Le quartier où l’évasion a eu lieu, sur un plan de 1865,
dans le Vieux Nice au pied du Château, qui est à droite,
et tout près de la mer.

C’est donc deux jours avant, le 4 janvier, que l’évasion a eu lieu. Les deux points que le journaliste développe visent tous deux à grossir un peu artificiellement l’événement et il s’en rend compte lui-même.
Il rapporte tous les détails matériels qui prouvent l’ingéniosité des évadés, en particulier de Bovis qui est la vedette de cet exploit. On croit d’ailleurs l’apercevoir en pleine ville, en train de boire dans un cabaret, comme s’il voulait narguer les autorités. On va même jusqu’à lui attribuer le vol d’une somme importante chez un commerçant.
À noter que cette somme est exprimée en francs, alors qu’à cette époque la monnaie officielle de Nice est la lire. Mais L’Avenir de Nice est francophile, comme le montre son sous-titre, Journal des Alpes-Maritimes, département qui n’existe plus depuis 1814. Les « étrangers » qui partagent les craintes de la « population » sont d’ailleurs souvent des Français fortunés qui viennent passer l’hiver à Nice.

La Chapelle du Saint-Suaire, Nice Par Photo: Myrabella / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

La Chapelle du Saint-Suaire, Nice
par Photo: Myrabella / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

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