Massacre dans la Forêt-Noire en 1540

Le principe de ce blogue est de collecter mentions insolites et faits divers qui ont composé le fond sur lequel vivaient mes ancêtres. Je limite donc cette collecte aux provinces où ils ont vécu, d’où la présence fréquente du Languedoc et de Nice. Mais j’ai aussi une ascendance nombreuse dans le Pays de Bade, où au cours d’une promenade en forêt j’ai curieusement rencontré la commémoration d’un horrible meurtre survenu il y a plusieurs siècles.

« Vers 1540 Christoph von Neuenfels avec son épouse, une fille, deux servantes et le reste des domestiques, en tout huit personnes, ont été lamentablement assassinés pendant la nuit dans le château de Neuenfels et n’ont été découverts que le troisième jour. Ils sont enterrés à Britzingen.
On n’a jamais su par qui le meurtre a été commis. Depuis, la maison n’a plus été habitée, mais un morceau après l’autre est tombé et s’en est allé, comme on peut encore le voir. Il y a bien de quoi s’étonner qu’une construction aussi puissante se délabre en un temps si court et tombe en une telle ruine, alors que rien n’en a été brisé.»

Le château de Neuenfels, tel qu'il apparaît entre les arbres.

Le château de Neuenfels, tel qu’il apparaît entre les arbres.
Photographie personnelle

Tel est le récit qu’on trouve dans le livre de raison qu’a tenu Peter Kaltenbach, le prévôt de Britzingen, un village à quelques kilomètres, de 1620 à 1635, soit moins d’une centaine d’années après l’évènement. D’ailleurs le souvenir du drame a survécu longtemps dans les esprits et même donné lieu à des légendes.
Ce massacre explique l’état de ce petit château médiéval, Neuenfels, dont on peut visiter les vestiges dans la forêt. Ceux-ci se trouvent en pleine montagne et loin de tout lieu habité ou cultivé, sur un éperon rocheux à 600 m d’altitude, situé sur la commune de Britzingen, à mi-chemin entre ce village viticole et la station thermale de Badenweiler, qui est la cité la plus ensoleillée d’Allemagne. Neuenfels signifie « Rocheneuve », un toponyme qui remonte peut-être à la fondation du château.
Celui-ci mesurait 30 m sur 9 m, ne possédait ni tours ni donjon et avait une forme rectangulaire, avec un cintre du côté est, une forme « en fer à repasser » comme dit le panneau qui est sur place. Il n’en reste que les murs, qui ont été consolidés avec du mortier. L’accès est entièrement libre, mais un écriteau déconseille la visite par gros temps.
On peut emprunter un sentier qui fait le tour du bâtiment à l’extérieur et il ne faut pas manquer d’aller voir l’énorme fossé qui a été creusé à l’est derrière le château pour le séparer du reste de l’éperon rocheux. Un escalier permet d’accéder à un belvédère sur le rempart du côté ouest, d’où on peut voir la plaine rhénane avec les Vosges dans le fond.
À l’intérieur du château une stèle de métal raconte le meurtre commis au XVIe siècle et renseigne abondamment sur l’histoire du château et celle de ses occupants.
Ce qu’on peut retenir est que le bâtiment, construit avant 1250, a été pendant des siècles le siège de la famille de Neuenfels, qui a exercé un certain pouvoir sur une vingtaine de kilomètres à la ronde. Un détail peut être en relation avec la tragédie finale : « en 1538 le dernier chevalier, Christoph de Neuenfels, appauvri, dut vendre sa propriété autour du château, avec les bois et les pâturages, à Britzingen pour 420 florins d’or.»  En effet, si la montagne est aujourd’hui couverte par la forêt, autrefois les pâturages y étaient nombreux et les troupeaux y paissaient.
C’est ce Christoph de Neuenfels qui est massacré avec sa famille et ses domestiques en 1540. Qui donc a pu les tuer ? La Guerre des Paysans, qui a d’ailleurs débuté tout près de là dans l’extrême sud du Pays de Bade pour ravager le sud de l’Allemagne, Alsace comprise, est finie depuis 1526. Est-il possible que des ressentiments à l’égard du seigneur du lieu aient subsisté jusqu’en 1540 ? Ou bien la vente récente laissait-elle imaginer la présence d’un magot ?

Quelques photographies personnelles :

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5 réponses à “Massacre dans la Forêt-Noire en 1540

  1. Merci pour ce site/blog !!jadore les anciennes histoires, les anciens lieux qui ont vecues……je me régale! !enorma merci et tres bonne continuation!!

  2. Merci pour cet article ! Etonnant qu’à l’époque on n’ait même pas trouvé un bouc-émissaire pour le meurtre d’une famille noble.

  3. Très intéressant! En ce temps là les rivalités se réglaient bien virilement (à moins qu’il s’agisse d’une crapulerie ordinaire sur fond de vol)..

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