Un vol d’importance, Languedoc 1711

Le 18 novembre 1771, on pouvait lire dans les Annonces, affiches et avis divers de Montpellier un curieux inventaire :

« On a volé à Jonquières, dans la nuit du 16 au 17 novembre, une grande casserole bombée avec un bord ; un grand chaudron pouvant tenir une comporte ou cornue d’eau ; il y a une pièce dans le fond ; un petit chaudron, d’un seau d’eau, il est neuf et n’a point servi ; deux bassinoires, une grande qui a une pièce au fond, et l’autre petite un peu bossuée ; un matelas pesant environ quarante-deux livres, couvert de toile grise fine, le dessus en partie de toile grise neuve ; un traversin de coutil ; une couverture d’Indienne non piquée, à grandes fleurs rouges, ternie.

Si ces effets sont découverts, on est prié de les retenir, de même que les gens qui en seront nantis, s’il est possible, et d’en donner avis tout de suite à M de Jonquières, dans la maison de M Faure, juge-mage, ou à M Balestier, juge de Jonquières, à Clermont-Lodève. »

Jonquières est un village, aujourd’hui dans l’Hérault, qui compte environ 250 habitants à la fin du XVIIIe siècle. On peut d’ailleurs se demander comment un tel vol a pu se produire, puisque les maisons sont rarement vides en ce temps-là : il y a toujours un domestique ou une servante qui est là. Quoi qu’il en soit les malfaiteurs ont emporté un matériel plutôt encombrant.

Étonnant aussi est le signalement très précis de chaque objet ou chaque ustensile dérobé. On va jusqu’à signaler que le chaudron a été réparé, ainsi qu’une des bassinoires, que la toile qui couvre le dessus du matelas est neuve. En fait la liste rappelle ces inventaires après décès qu’on trouve dans les actes des notaires où la moindre chose pouvant encore servir est mentionnée.

Une comporte, nous dit Littré est une « espèce de cuveau, quelquefois de la contenance d’une demi-barrique, servant, dans le Midi, au transport de la vendange qui se fait ailleurs dans des hottes ». La cornue indique peut-être qu’on procédait à des distillations et qu’on produisait de l’eau-de-vie. Quant au juge-mage, il n’a rien à voir avec les rois mages, mais c’est le « titre qu’on donnait, dans quelques provinces méridionales de la France, au lieutenant du sénéchal. » (Dictionnaire de l’Académie française, 1835) et ce titre vient du latin judex major.

Qui sont les personnages cités à la fiin de l’article ? Le bas de la page lui-même, puisque c’est la quatrième et dernière, nous renseigne en partie :

Bas de la page

C’est donc Faure, qui est le « juge-mage » et « lieutenant-général ». M de Jonquières est sans doute le seigneur du village, dont il porte le nom, et c’est chez lui que le vol a dû être commis. Quant à « M Balestier, juge de Jonquières, à Clermont-Lodève », c’est probablement sous sa juridiction que se trouve Jonquières, lui-même résidant dans la petite ville qui s’appelle de nos jours Clermont-l’Hérault.

2 réponses à “Un vol d’importance, Languedoc 1711

  1. Peut-être le vol a-il été commis par un domestique de ce M. de Jonquières ? On pense davantage en effet à un vol « utilitaire » car ces objets semblent de peu de valeur… (Et pourvu que ce voleur n’ait pas rencontré plus tard un « Javert » !)
    Merci pour cet article très précis où l’on apprend plein de choses.

    • Vous avez sûrement raison, à propos du domestique. Mais je crois que les objets dérobés avaient une certaine valeur dans cette société, notamment les récipients en métal et les tissus comme l’indienne.

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