Une épidémie en Languedoc, 1770

Les Annonces, Affiches et Avis divers de Montpellier du 7 mai 1770 font état d’une épidémie qui décime au même moment Saint-Jean-de-Védas, un village dont le territoire est limitrophe de celui de Montpellier :

Titre
« Les intempéries de l’air n’ont pas été moins nuisibles à la santé du corps qu’aux biens de la terre : il règne dans les environs plusieurs maladies épidémiques, une des plus cruelles s’est répandue dans un village assez voisin de la Ville, nommé Saint-Jean-de-Védas ; aujourd’hui même 5 mai nous venons d’apprendre qu’il y est mort dix personnes et que six ont été atteintes du mal contagieux ; une femme de l’endroit voyant que personne n’osait approcher de son mari, qui venait d’expirer, eut le courage de l’ensevelir elle-même, mais elle fut attaquée le lendemain du même mal, et mourut deux jours après victime de la piété conjugale. Nous devons point oublier le triste sort du curé du lieu ; ce digne pasteur qui dans ces fâcheuses circonstances a oublié le soin de sa conservation et ne s’est ressouvenu que de son zèle, a été lui-même atteint de la maladie et il est à l’extrémité. »

La consultation des registres paroissiaux confirme cet article : d’avril à octobre 1770 inclus on y trouve 33 actes de sépulture contre seulement 6 actes de baptême. Énorme mortalité si on songe que le recensement dénombre 441 habitants à Saint-Jean-de-Védas en 1793. Par ailleurs aucun mariage n’a été célébré pendant la même période.
Le journaliste ne donne pas de nom à l’épidémie, mais quelqu’un le peut-il ? La rapidité de la contagion fait penser à la peste. Il est difficile néanmoins de s’en tenir à cette hypothèse, puisqu’on identifie très bien la peste et que son apparition entraîne des mesures publiques ; ce n’est pas non plus le choléra, qui n’apparaît qu’au siècle suivant. On attribue l’apparition de ces « maladies épidémiques » au mauvais temps ; effectivement le Languedoc a été victime en ce printemps 1770 de pluies diluviennes.
L’épidémie est l’occasion de citer deux exemples de comportements quasi héroïques bien dans l’esprit de l’époque : la femme qui en est réduite à enterrer son mari était Marguerite Trial, épouse de Pierre Trial, tonnelier ; les deux conjoints avaient le même patronyme. Quant au curé victime de son dévouement, il se nommait Jean Pierre Bongiraud, est mort le 7 mai et a été inhumé le même jour dans l’église.

L'acte de sépulture du curé. Plusieurs de ses confrères de la région ont participé à ses obsèques.

L’acte de sépulture du curé.
Plusieurs de ses confrères de la région ont participé à ses obsèques.

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