#ChallengeAZ 2016 C comme Cimetière des Bossus

J’ai beaucoup d’ancêtres du côté maternel dans cette petite région de la Franche-Comté qu’on appelle la Franche Montagne, entre rivière du Doubs et frontière suisse, notamment au Russey, un village que le malheur frappe comme ses voisins au début du XVIIe siècle. En effet, outre l’invasion des Français et des Suédois, il vit dans la menace de la peste.
Le fléau fait son apparition dans la région dès 1627 ; il ne touche pas encore Le Russey, mais en 1635 on édifie, sur un monticule qui domine le village, une chapelle dédiée à Saint Roch, le saint qui protège de la peste. De fait la peste épargne quelque temps la paroisse, mais elle finit par arriver au Russey avec l’invasion des Suédois en 1639 et multiplie les morts, qu’on enterre autour de la chapelle, car, par peur de la contagion, les victimes de l’épidémie n’étaient pas inhumées dans le cimetière ordinaire des villages, installé suivant la coutume près de l’église paroissiale.
C’est à ce moment que la nécropole improvisée prend le nom de « cimetière des Bossus ». L’Abbé Monnier, dans sa Monographie du Russey, parue en 1913, explique l’origine de ce nom : « Cette maladie, d’après la tradition, était une sorte d’esquinancie gangréneuse qui ce communiquait comme la fièvre. Une grosseur ou bosse apparaissait assez vite à la gorge du malade : ce qui a fait donner à ce mal le nom de maladie des bossus. La douleur des malheureux atteints de cette affection en venait au point de faire perdre la tête à plusieurs. Aux premières atteintes du fléau, on les voyait courir la campagne, faire des contorsions et pousser des cris affreux. La maladie tuait promptement. Quelquefois ce n’était que le troisième jour qu’ils succombaient à la violence de leurs souffrances, le corps défiguré et les membres contrefaits. »
Une esquinancie est, d’après Littré, une « inflammation de la gorge ». Par ailleurs il est intéressant de voir que, dans sa description de la maladie, l’abbé Monnier précise « d’après la tradition ». On peut se demander si des récits témoignant du comportement et de l’aspect des pestiférés ne se sont pas transmis jusqu’à lui : il écrit au début du XXe siècle et les dernières apparitions de la peste ont eu lieu au XVIIIe.
On trouve encore en Franche-Comté l’emplacement de certains de ces cimetières de Bossus qui perpétuent le souvenir de la peste. Sous le Premier Empire, quand on installe les cimetières hors les murs, le cimetière des Bossus devient le cimetière officiel et unique du Russey.

Rencontre du cadavre d'un pestiféré, Japon XIIe siècle

Rencontre du cadavre d’un pestiféré, Japon XIIe siècle

4 réponses à “#ChallengeAZ 2016 C comme Cimetière des Bossus

  1. inhumés à part… des pestiférés jusque dans la mort.

  2. Bon choix pour l’estampe illustrant le sujet

    • Merci ! Je connais Le Russey, mais je n’ai pas de photo des lieux évoqués dans l’article. Par contre le dessin japonais montre que l’horreur devant la peste est partout la même.

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