#ChallengeAZ 2016 F comme Fait divers

Au départ, ce blogue devait être consacré aux mentions insolites rencontrées dans les registres des paroisses où vivaient mes ancêtres. Mais la matière commençant à s’épuiser, je me suis tourné vers les faits divers, très proches en réalité de mon premier domaine, puisque les menus événements notés par les curés dans leurs registres étaient la plupart du temps ce qu’on a appelé ensuite des « faits divers ». Il faut citer ici le magistral ouvrage de Thierry Sabot, Nos ancêtres et les mentions insolites.
Pour ce qui est du fait divers, on ne saurait se contenter de la définition plutôt péjorative, même si c’est une boutade, qu’en donne Roland Barthes dans ses Essais critiques en 1966 : « le rebut inorganisé des nouvelles informes ». Si on traduit cette définition, elle  revient à dire que le fait divers échappe aux catégories habituelles de l’information : politique, économie, auxquelles le XXe siècle a ajouté le sport.
Beaucoup plus juste était le point de vue des Annonces, Affiches et Avis divers, un journal hebdomadaire paraissant à Montpellier dans les années 1770, qui classait les faits divers – l’expression n’existant pas encore – dans une rubrique appelée « Nouvelles intéressantes ». Effectivement, le fait divers a cette qualité, que le reste de l’actualité ne partage pas toujours, d’être intéressant.
Tout comme il est en dehors de l’« actualité », le fait divers est en dehors de l’histoire. De ce point de vue, j’ai trouvé une excellente définition du fait divers dans un commentaire du blog de Vicky Lapointe : « le fait divers, c’est de l’histoire à hauteur d’homme. » J’irais jusqu’à dire que c’est la vraie histoire . Celle-ci n’est pas dans les coucheries des rois, ni dans les crimes de leurs armées, pas plus que nos descendants n’auront idée de nos vies en prenant connaissance des faits et gestes de MM Sarkozy ou Hollande.
Notre véritable histoire est ailleurs : celle de nos ancêtres aussi . Le fait divers permet de la saisir , mais de façon indirecte. Il est le négatif, au sens où on employait ce mot au temps de la photographie argentique, de la vie ordinaire, celle que nos aïeux ont vécue.
Ensuite il atteint des gens ordinaires comme étaient nos aïeux, du moins les miens, alors que le fait historique concerne les grands : la mort accidentelle d’une obscure paysanne n’est pas celle d’Henriette d’Angleterre ; elle n’a pas fait bramer un Bossuet ; tout au plus a-t-elle dérangé le curé du village qui a dû se déplacer pour les derniers sacrements.
Enfin le paradoxe du fait divers est d’être insolite tout en restant inscrit dans le quotidien.
On me dira que depuis pas mal de décennies les historiens s’intéressent à l’histoire des populations. Mais c’est toujours d’un point de vue collectif : ils appliquent sociologie, démographie, économie et bien d’autres sciences à des peuples entiers. Au contraire le fait divers est unique et met toujours en scène des individus précis.
De plus il est facile à raconter, son schéma est souvent celui d’une nouvelle dont on connaîtrait déjà la chute, qui est dans le titre, et il échappe aux aléas de l’interprétation, ce qui n’est pas le cas du fait historique.

Chat classement 400

3 réponses à “#ChallengeAZ 2016 F comme Fait divers

  1. Les faits divers agrémentent un arbre, ils donnent « vie » aux ancêtres, du moins donnent de la matière à des dates, des noms. On imagine un peu plus ce qu’ils ont fait, les gens qu’ils ont côtoyés, qui ils ont été…

  2. la comparaison avec le négatif est juste

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