#ChallengeAZ 2016 H comme Hôpital

En parcourant les registres de Ceyras, un village du nord de l’Hérault où, j’ai de nombreux ancêtres dès le XVIIe siècle, liés aussi au souvenir de mon arrière-grand-mère, j’ai été étonné de voir souvent apparaître le mot hôpital, que j’ai retrouvé de façon récurrente dans d’autres paroisses du futur département de l’Hérault. Qu’étaient donc ces hôpitaux qu’on rencontrait dans des villages de 500 à 1000 habitants ?

Rien à voir avec les Hôtel-Dieu des grandes villes où des religieuses et des médecins plus ou moins compétents soignaient les malades. Le Dictionnaire de l’Académie française donne en 1762 une définition de l’hôpital : « maison fondée, destinée pour recevoir les pauvres, les malades, les passants, les y loger, les nourrir, les traiter par charité. » Le même dictionnaire déclare : « On appelle l’Hôtel-Dieu, l’Hôpital ordinaire des malades. »
Les hôpitaux des campagnes étaient donc des refuges pour les indigents et les sans famille. C’est là que mouraient les vagabonds. Apparemment on n’y soignait pas les malades, fautes de moyens matériels et humains. On devait se contenter de donner une écuelle de soupe et un bon morceau de pain aux malheureux qui aboutissaient dans ces asiles. Ils fonctionnaient grâce aux donations que consentaient des gens charitables. Le personnel était constitué de quelques béguines, ces femmes veuves ou célibataires qui vivaient en communautés à la façon des religieuses, sans pour autant prononcer des vœux perpétuels.
Les actes paroissiaux qui mentionnent l’hôpital sont innombrables ; ce sont toujours des actes de sépulture, car une des fonctions de l’hôpital, on l’aura compris, est d’offrir un lieu décent pour mourir aux misérables. On en citera ici quatre seulement, empruntés à trois villages où mes ancêtres ont vécu.

Saint-Pargoire :

Sai nt-Pargoire Un pauvre passant

« Le 14ème d’avril [1694] a été inhumé dans le cimetière de notre paroisse un pauvre passant qui mourut dans l’hôpital après avoir reçu le sacrement de pénitence ayant dit qu’il était de la montagne. Présents Jean Blanchy et Pierre Martin soussigné
Dumas prêtre »

Saint-Pargoire :

Saint-Pargoire Une pauvre

« Le 23 de juin [1694] mourut une pauvre à l’hôpital portée de campagne le jour précédent à qui je soussigné administrai l’extrême-onction seulement, l’ayant trouvée dans le délire. La susdite était âgée d’environ cinquante ans. N’ayant su ni son nom ni son pays, ayant seulement reconnu qu’elle était du Rouergue. Elle fut ensevelie par moi soussigné dans le cimetière le 24 du courant, auquel enterrement ont assisté les nommés ci-dessus qui ont signé avec nous.
Blanchy curé »

Ceyras :

Ceyras 1709 Un pauvre étranger

« L’an 1709 et le septième jour du mois de décembre a été enseveli dans le cimetière du présent lieu un pauvre étranger qu’on a dit être du côté de Rodez, l’ayant trouvé mort à l’hôpital, âgé d’environ soixante ans, présents les soussignés. »

Saint-André-de-Sangonis :

Saint-André de Sangonis 1710 Un pauvre

« L’an que dessus [1710] le 19 avril est décédé à l’hôpital de Saint-André un pauvre nommé Antoine du nom de baptême et dont on ne sait point le surnom, lequel ayant reçu les sacrements a été enseveli dans le cimetière du lieu, présents Antoine Lucas et Fulcrand Dupin récollet. »

Les points communs de ces quatre actes sont évidents : ces gens qui meurent à l’hôpital sont tous des « pauvres », terme qui, dans la France du Roi-Soleil, désigne quasiment une catégorie sociale. Ils viennent tous d’ailleurs : l’un est qualifié de « passant » – on dirait de nos jours qu’il était de passage ; l’autre est « étranger », c’est-à-dire qu’il n’est pas de la paroisse, ni des paroisses voisines. Les deux autres viennent l’une du Rouergue, l’autre de Rodez, autrement dit tous deux ont quitté l’actuel département de l’Aveyron pour émigrer dans l’Hérault, plus riche. Certains de mes ancêtres ont d’ailleurs suivi ce parcours.
D’autre part ces mourants, qu’on nommerait SDF aujourd’hui, voir l’article « Mourir SDF au XVIIIème siècle », n’ont pas d’identité : tout au plus connaît-on le prénom de l’un d’entre eux. Enfin, on trouve une femme parmi eux. Quel a pu être l’itinéraire de cette malheureuse, dans une société où la femme était dans la dépendance économique complète de l’homme ?

Mendiants, homme et femme à côté d'une butte,estampe de Rembrandt

Mendiants, homme et femme à côté d’une butte,
estampe de Rembrandt Gallica-BnF

3 réponses à “#ChallengeAZ 2016 H comme Hôpital

  1. Un billet plaisant à lire et particulièrement instructif sur un sujet bien triste.

    Après avoir tout perdu, jusqu’au patronyme , il/elle s’en va anonyme. Quand on ne trouve pas le décès d’un ancêtre, on peut légitimement se poser la question s’il n’a pas subit le même sort…

  2. Un mot permet de mieux comprendre ce qu’était un hôpital à cette époque, c’est « Hospitalité ».
    Les soins comme on les connait aujourd’hui étaient plus ou moins inexistants.

    Si on doit faire un parallèle avec aujourd’hui, l’hôpital d’avant correspond à un centre Emmaüs.

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