Un oppidum dans la Forêt-Noire

Les cartes routières réservent souvent de belles surprises : par exemple quand sur la carte Michelin du Haut-Rhin, qui offre en prime un petit morceau d’Allemagne, j’ai lu le mot Ringwall.
Tous renseignements pris, ce mot, qui signifie « rempart circulaire », est celui qu’emploient les archéologues allemands pour désigner ce qu’en France on nomme un oppidum, terme utilisé par les Romains à propos des citadelles que les Celtes bâtissaient au sommet des collines, et que les Gaulois eux-mêmes appelaient dunon, mot qu’on retrouve dans quantité de villes françaises comme Verdun ou Loudun, mot par ailleurs apparenté à l’anglais town.
Mais en France l’occupation de ces sites a souvent été continue depuis l’Antiquité et la structure d’origine de ces citadelles celtiques est rarement visible. Or, cela n’a pas été le cas en Allemagne et les vestiges des Ringwall s’y comptent par centaines. Le Pays de Bade en présente un certain nombre, notamment celui qui avait attiré mon attention sur la carte, que je me suis empressé d’aller visiter.

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La montagne du Stockberg, haute de 1075 m. On voit que le sommet en a été arasé.

Il est situé quelques kilomètres à l’est de la station thermale de Badenweiller et de la montagne du Blauen, point culminant de cette partie sud du massif de la Forêt-Noire. L’oppidum est au sommet du Stockberg, à 1075 m d’altitude, ce qui en fait le Ringwall  le plus élevé d’Allemagne.

Carte routièreComment le caractériser ? Le rempart n’est pas vraiment sur le faîte de la montagne, mais entoure celui-ci quelques mètres plus bas comme on peut le voir sur les photographies. De plus ce rempart à l’aspect d’un énorme tas de pierre de plusieurs centaines de mètres, ce qui est dû à la technique de construction employée, celle qui est décrite par César sous le nom de murus gallicus, « mur gaulois » : l’extérieur de la muraille est composé de pierres assez importantes, mais l’intérieur est rempli de pierres petites et la solidité de l’ensemble est assurée par un entrelacs de poutres placées à l’intérieur. Or, le bois étant périssable, les remparts construits de cette manière ont fini par s’effondrer quand celui-ci a disparu.

murus gallicus

La technique du murus gallicus.

Le site, qui date de l’époque de La Tène,  aurait été occupé jusqu’au Moyen Âge, car on a trouvé sur le sommet des tessons de poterie datant du XIIIe siècle. Néanmoins il n’y a pas grand-chose à voir à l’intérieur du rempart, si ce n’est quelques modeste traces d’habitation sur le sol, qu’il ne faut pas confondre avec les murets édifiés par les guetteurs qui attendaient l’arrivée des bombardiers américains dans les années 1940.

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Quelques vues du rempart effondré autour du Stockberg.

Le Ringwall du Stockberg mérite surtout d’être vu pour son cadre sauvage : aucun panneau, aucune clôture, aucun guichet. On est confronté au lointain passé européen de façon brute et directe.

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Le plateau au sommet à l’intérieur du rempart.

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Des murets assemblés pour s’abriter du vent par les jeunes gens qui guettaient
les bombardiers américains.

Pour s’y rendre, il faut laisser sa voiture au parking qui est au lieu-dit Egerten, trouver la montagne nommée Stockberg et grimper le sentier. Je déconseille de faire cette promenade avec des enfants, le sentier étant non seulement escarpé, mais même dangereux à certains endroits.

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Vue vers l’est depuis le sentier qui monte au Stockberg.

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Le sentier : des pierres du rempart ont dévalé sur le flanc de la montagne.

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Une autre vue vers l’est ; on aperçoit le hameau de Luisenheim.

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