Un drame de la misère, Nice 1894

La misère sociale à Nice est un thème récurrent souvent évoqué sur ce blogue et appelé à y revenir. Dans L’Eclaireur de Nice du mardi 2 octobre 1894, un article qui n’est pas sans rappeler les romans naturalistes de l’époque relate une de ces tragédies qui frappent les gens modestes :
« UN DRAME DE LA MISÈRE
Les habitants de la rue Lascaris ont été vivement émotionnés, hier, par la nouvelle d’un suicide qui s’est produit dans des circonstances particulièrement pénibles.
Voici ce que notre enquête nous a permis d’apprendre sur ce drame navrant de la misère :
Au 2° étage de la maison portant le n° 2 de la rue Lascaris demeurait, depuis plusieurs années, la famille Forneron, composée du père, de la mère Léontine et de quatre enfants, dont l’aîné a 15 ans et le plus jeune 4 ans.
La mère subvenait en grande partie aux frais du ménage en s’occupant à la fabrication de chemises et d’objets de lingerie. Jusqu’en ces derniers temps, le travail ne lui ayant pas fait défaut, Mme Forneron put joindre les Jeux bouts et déjà elle s’apprêtait à mettre de côté l’argent nécessaire au payement du loyer, lorsque soudain, les commandes devinrent plus rares, alors qu’un de ses enfants tombait malade et que par suite les besoins du ménage étaient plus pressants.
A l’échéance du terme, Mme Forneron ne fut pas en mesure de solder la quittance qui lui fut présentée, et son propriétaire, loin de tenir compte de la situation intéressante de sa locataire, lui fit envoyer du papier timbré.
Hier matin, à 9 heures, un huissier devait venir saisir les meubles de Mme Forneron.
Se voyant déjà jetée a la rue avec ses enfants, sans ressource aucune, la pauvre femme songea à en finir avec l’existence.
Sa détermination fut vite prise. Elle écrivit au crayon sur une feuille de papier qui a été trouvée sur elle.
« Je ne veux pas souffrir davantage. Adieu à mes pauvres enfants. Ma mort est
due à la misère. »
L’infortunée mère regagna ensuite sa chambre dont elle ferma la porte en dedans.
Elle attacha une corde à un piton de la fenêtre et s’aidant d’une chaise pour y atteindre, l’infortunée se pendit.
Un moment après l’huissier se présentait et l’un des jeunes Forneron alla frapper à la porte de la chambre de sa mère, pour la prévenir. N’obtenant pas de réponse il regarda par le trou de la serrure et constata que la porte était fermée en dedans.
Des voisins appelés enfoncèrent la porte. Le corps de l’infortunée Léontine Forneron avait déjà la rigidité cadavérique.
On juge de la douleur des enfants lorsqu’ils apprirent que leur mère était morte.
M. Gaffory, commissaire de police du 2ème arrondissement, prévenu, s’est immédiatement transporté sur les lieux. M. le docteur Guillabert a procédé aux constatations médico-légales. »

Le numéro 2 de la rue Lascaris à Nice.

Le numéro 2 de la rue Lascaris à Nice.

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