Infanticide, Nice 1881 (suite)

On a évoqué dans un précédent article l’horrible découverte des restes d’un nouveau-né dans un récipient destiné aux matières fécales. Les faits se sont déroulés dans une maison du Vieux Nice vers la fin du mois de mars 1881. Il n’a pas dû être très difficile pour les policiers de trouver la coupable en menant une enquête de voisinage et, dès le 13 juillet 1881, Le Petit Niçois rapporte la séance de la cour d’assises où cette malheureuse va être jugée et condamnée.

« COUR D’ASSISES DES ALPES-MARITIMES
Présidence de M. de BONNECORSE

Audience du 12 juillet 1881

AFFAIRE TOSELLI. — INFANTICIDE

L’accusée a doublé le cap de la quarantaine depuis cinq à six ans.
Adélaïde Veran, veuve Toselli, était dans sa quinzième année lorsqu’elle entra à la manufacture de Tabacs.
C’était en 1851, plus tard, Adélaïde se maria et devint mère de 3 enfants.

Toujours travailleuse ainsi que le prouve le certificat que son avocat lit à l’audience, elle a vécu honnêtement pendant longues années, mais la mort a frappé à sa porte, elle a perdu son mari, et nous la retrouvons aujourd’hui, assise au banc des accusés, sous l’inculpation d’avoir fait disparaître un dernier enfant, dont elle serait accouchée à la date du 25 mars dernier, et qu’elle avait jeté dans le baquet des lieux.
La veuve Toselli a dissimulé sa grossesse ; pendant tout le temps elle a soutenu à ceux qui lui faisaient remarquer son embonpoint subit, qu’elle était hydropique.
Le dernier jour de sa grossesse, la femme Toselli se rend chez les époux Ciffreo, qui, pour lui faire avouer la vérité, lui promettent des secours dans le cas où sa maladie serait autre chose qu’une hydropisie.
Après une heure environ, elle redescendit et rentra chez elle.
Alors, les douleurs commencent, l’accouchement a lieu, et les époux Ciffreo aperçoivent dans leur appartement des traces certaines de cette délivrance.
Qu’est devenu l’enfant ? On le trouve noyé dans le baquet des lieux.
Adélaïde qui est entrée à l’hôpital essaie de nier, mais l’évidence la confond. Il est constaté, bien constaté que cette femme est accouchée.
Mais Adélaïde a emporté la clé de son appartement. On la lui demande. Elle l’a, dit-elle, confiée à une amie dont elle a oublié l’adresse. Pressée de questions, elle indique la cachette, et en ouvrant sa chambre, on trouve partout des traces de sang qui viennent donner encore plus de force aux affirmations précises et si franches de Mme Ciffreo et de son mari.
C’est donc en vain que la veuve Toselli, tout en avouant aujourd’hui avoir eu un enfant sans le savoir, soutient que cet enfant est mort-né. Le rapport du docteur Guillabert constate que ce pauvre petit être est venu au monde bien conformé, très viable, et que sa mort ne saurait être attribuée qu’à l’asphyxie.
La veuve Toselli est condamnée à cinq ans de travaux forcés, sans surveillance. »

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